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Vie de parents : « Oui, j’en ai juste un. L’autre a essayé de me tuer. »

À 30 ans, Cynthia Lauriault est femme, épouse, maman et médecin. Elle se remet aussi d'une récente mastectomie à la suite d'un cancer du sein. Tout en documentant son histoire en photos, elle offre sa plume en cadeau à ceux qui la suivent dans l'aventure de sa vie.

Un texte de Christelle D’Amours pour Les malins

Cynthia Lauriault et son époux sont les heureux parents de deux fillettes de deux et quatre ans. Médecin de famille, Cynthia prodigue aussi des soins palliatifs à ses patients en fin de vie.

La jeune femme comblée venait de fêter ses 30 ans lorsque, quelques jours plus tard, l’ironie du sort s’est pointée avec un diagnostic poignant : un cancer du sein hormonodépendant, médicalement appelé carcinome canalaire in situ extensif.

En pleine santé, sans antécédents familiaux ou facteurs de risque, ce fut tout un choc pour la jeune famille. Vint alors l’évidence pour Cynthia et son conjoint que leur vie familiale allait changer : faut-il protéger les enfants en évitant le sujet? Faut-il en discuter avec eux?

« On n’a pas le choix d’avoir un certain degré d’honnêteté, mais elle est où la ligne? C’est dur à dire », dit Cynthia. « Des enfants, ce sont des éponges. Ce n’est pas long [avant] que leur comportement ne change », ajoute-t-elle en expliquant que ses filles ont commencé à se réveiller plus fréquemment la nuit, puis demandaient plus de câlins et ne voulaient plus participer aux activités à la garderie.

Lorsque la date de la mastectomie fut fixée, les parents ont préparé leur petite famille comme ils ont pu. Puisque leurs filles sont encore très jeunes, Cynthia voulait immortaliser les moments qu’elle s’apprêtait à vivre en créant un petit livre de photos.« Quand les questions allaient venir, j’allais avoir quelque chose de vrai, de tangible. J’allais avoir les photos de ces moments-là à leur montrer et j’allais pouvoir leur expliquer », dit-elle.

C’est ainsi qu’a débuté son amitié avec la photographe Richère David, qui a suivi la jeune maman dans les prochaines étapes du deuil de son corps tel qu’elle l’avait toujours connu.

Passage difficile

Notre interlocutrice explique qu’au-delà de l’annonce d’un cancer, il y a tout l’univers des tests, de l’attente et des questionnements qui est encore plus difficile à surmonter.

« C’est impressionnant à quel point on ne sait rien », avoue Cynthia, qui demeure bien consciente de sa longueur d’avance en raison de son travail de médecin. « J’ai hésité souvent moi-même avant d’appeler pour un rendez-vous avec la chirurgienne. On se sent seuls à travers tout ce qu’on ne sait pas. »

Comme maman, les questionnements retentissaient avec encore plus de force. « [Je me souviens de ces] soirées où je me suis couchée et je me suis demandé si j’allais être là pour le primaire, les premiers amours, le secondaire. Toutes les étapes-clés, je les voyais défiler devant mes yeux et j’étais, pour la première fois de ma vie, pas certaine que je pouvais même me projeter pour les vivre. »

Richère David a accompagné la jeune maman à l’hôpital durant son opération pour retirer le sein affecté et était présente à son réveil.

La photographe a immortalisé les moments-clés des premiers jours de guérison, en prenant même des clichés saisissants au moment où Cynthia a vu sa plaie pour la première fois.

Pour Cynthia, les photographies de son cheminement lui permettent de s’ancrer dans le moment présent et d’entamer un processus de guérison. « Il y a comme un besoin de reconnaissance de la douleur, de la souffrance, de l’anxiété qui vient avec ça. Et du sentiment de solitude », glisse-t-elle.

Guérir, tranquillement

À la suite de l’opération s’amorçait la guérison. Pour la mère de famille, ce fut une autre étape difficile puisque sa plaie ne lui permettait pas de bouger à son aise et impliquait qu’elle ne pouvait soulever aucun poids.

« Qu’est-ce que ça fait une maman? Ça console, ça borde, ça prend, ça s’occupe, ça aide à s’habiller avant d’aller à la garderie le matin », énumère Cynthia en sentant les larmes lui monter aux yeux. « C’est surtout ça qui a été difficile. L’impression de ne pas être la maman que je devrais, que je voudrais être. »

Avec le temps, les pronostics sur son état se sont améliorés, laissant percevoir une lueur à travers les nuages.

« J’ai recommencé à m’autoriser à penser [au futur]. Je me suis dit : '' comment je peux transmettre cette force-là? ’’ Le goût de vivre le moment présent, essayer de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. C’est vraiment cliché à dire, mais c’est vraiment ça », dit-elle en pensant au legs qu’elle offrira à ses filles.

Un futur avec un ou deux seins?

Dans ses réflexions lui est venue l’envie d’écrire. D’abord pour elle et ses proches, mais ensuite pour partager son expérience avec d’autres personnes qui vivent des moments difficiles.

« Je suis vivante, je l’ai enlevé à temps, il n’était pas encore infiltrant mon cancer. C’est beau, tu sais. La vie m’a fait ce cadeau-là, malgré tout ça. Je n’ai pas envie de cacher ça et de faire semblant. J’ai envie d’en parler à tout le monde qui va vouloir m’en parler », s’exclame Cynthia.

À sa grande surprise, ses textes et ses photos publiés sur son compte Facebook ont trouvé écho auprès de plusieurs personnes. Elle est rapidement arrivée au constat qu’il existe peu de ressources d’information, de photos et surtout de témoignages sur le cancer du sein et encore moins sur l’histoire de femmes qui ne veulent pas de reconstruction mammaire.

« Je ne suis pas certaine qu’on s’arrête assez pour valider ces sentiments-là, […] en parler assez, imager. On ne voit pas assez souvent des images de mastectomie », dit-elle.

Cynthia déplore d’ailleurs l’approche de plusieurs intervenants qui, durant son parcours de traitements, présument d’emblée qu’elle souhaite retrouver un deuxième sein le plus rapidement possible.

« Est-ce que je suis une extraterrestre, moi, d’être bien avec juste un sein? De ne pas sentir le besoin d’en avoir deux? » se questionne la jeune femme. « À la limite, ça me fait du bien de dire '' j’en ai juste un. Ça, c’est mon histoire ''. »

Tournée vers l’avenir

Toujours incertaine face à la reconstruction mammaire, Cynthia souhaite d’abord « se rebâtir comme maman, comme personne, comme épouse, comme médecin. Après ça, on verra la prochaine étape », dit-elle.

« En ce moment, je ne ressens pas le besoin d’imiter ce que j’ai perdu, de faire semblant. C’est plutôt le contraire même. J’ai vraiment envie de m’exposer un peu à nu dans tout ce que je vis, dans tout ce que ça implique et de le dire. »

Convaincue de ne pas être la seule dans cette situation, notre interlocutrice continue à partager son histoire sur les médias sociaux. La photographe Richère David et elle songent même à transformer le projet initial très personnel de Cynthia pour en faire un livre qui serait publié.

« C’est déjà dur de trouver du matériel là-dessus et des témoignages, je vais offrir le mien », conclut-elle en souriant.

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