Le 13 janvier 2016, Yves Lavoie et Gabrielle Gauvin ont perdu leur petit Eli, mort-né. Mais, clin d'œil du destin, leur fils Henri est né en pleine forme deux ans plus tard jour pour jour. Entre ces deux événements, ils ont dû faire leur deuil et apprendre à lâcher prise.

Un texte d’André Dalencour pour Les malins

« Le 13 janvier, c’est la date ou le pire et le meilleur sont arrivés en même temps. Tout ça peut se côtoyer. C’est un peu ça, la vie finalement », analyse Gabrielle avec le recul.

Le pire est survenu en pleine nuit, quand elle a réalisé qu’elle perdait les eaux, alors qu’elle n’en était qu’à sa dix-septième semaine de grossesse. Le couple s'est rendu aux urgences rapidement.

Les premières échographies ont montré que le bébé ne bougeait plus. Les tests réalisés au service d’obstétrique ont ensuite confirmé la mauvaise nouvelle.

« Ils m’ont annoncé qu’à ce stade-là, il fallait qu’ils déclenchent l’accouchement […] que c’était plus sécuritaire pour l’utérus. Je me disais que je n’allais pas survivre à ça. Ça ne se pouvait pas. Mais finalement, on survit. J’ai accouché du bébé le 13 janvier 2016 », souffle-t-elle.

« C’est sûr que c’est le monde qui s’effondre. Il n’y a pas de comparatif dans ma vie », lance Yves avec émotion.

Un plan et des risques

Yves et Gabrielle se sont rencontrés au début de la vingtaine sur les bancs de l’université, il y a 10 ans. Fonder une famille avait toujours fait partie de leurs plans.

Le couple savait que Gabrielle était atteinte d’une malformation de l’utérus, qu’ils pensaient bénigne. Au pire, l’enfant naîtrait par césarienne, croyaient-ils.

Après deux années à essayer de concevoir en vain, le couple a consulté un médecin. Le portrait qu’il a dressé était beaucoup plus sinistre.

« J’ai appris que c’était beaucoup plus compliqué que ça. J’avais beaucoup plus de risques de fausse couche, de prématurité, de retard de croissance. Donc là, tout d’un coup, le ''projet bébé'' était rendu très complexe », indique Gabrielle.

Afin de limiter les risques, il aurait fallu qu’elle subisse une intervention chirurgicale, une perspective qui ne l’enchante guère. L’adoption est alors envisagée, mais le destin en a décidé autrement.

« Un peu par hasard ou par magie, on a appris que Gabrielle était enceinte de notre premier enfant à l’automne 2015 », raconte Yves. « Cette grossesse-là, je l’ai prise vraiment facilement. Je suis rentré dedans, j’avais de l’espoir. Je ne pensais pas aux chiffres, aux statistiques. Mais ce n’était pas la même chose pour Gabrielle. »

Cette dernière avait appris deux semaines auparavant qu’elle risquait à 60 % de faire une fausse couche.

« Tout d’un coup, je tombe enceinte. C’est ce que j’avais souhaité depuis deux ans. Mais soudainement, c’était devenu vraiment épeurant, cette affaire-là », explique Gabrielle.

Même si le premier trimestre s’est déroulé sans aucun problème, cette peur l'a taraudée jusqu’au bout, avec le dénouement que l’on sait.

« Mon médecin m’avait même dit qu’on avait passé le stade de s’inquiéter. Finalement, c’est à 17 semaines qu’on a perdu le bébé », souligne Gabrielle. « Je me suis comme permis d’y croire, entre 12 et 17 semaines. Je me disais, ça y est, je pense que c’est vrai, je pense que je suis enceinte. Puis finalement, on est comme tombé de très haut. »

Face à la réalité

Sur le coup, Yves et Gabrielle n’ont pas voulu voir le bébé. C’était trop dur à encaisser.

« Tu te sens comme un extraterrestre quand tu perds un bébé […]. Aux yeux de tout le monde, tu n’es pas une maman, mais dans ton cœur tu en es une », confie Gabrielle.

L’hôpital garde toujours une petite boîte pour les parents endeuillés, avec, par exemple, les traces de pieds de l’enfant. Ce n’est qu’au mois de juin, à la date prévue de l’accouchement, qu’ils l’ont ouverte.

« Dans le fond, ils mettent une feuille avec l’heure de la naissance, le sexe… On n’avait pas voulu savoir le sexe à ce moment-là. Donc on a appris que c’était un petit garçon. […] Il y avait une empreinte de son pied, des petits bracelets de l’hôpital, des photos que les infirmières ont prises », se souvient Gabrielle.

Bien que ce fût une expérience brutale, découvrir le contenu de la boîte a été un moment charnière dans leur processus de deuil.

« C’est le moment où l’on connaît le plus notre premier enfant. Il ne sera pas plus réel qu’à ce moment-là […]. Il ne se développera pas, on ne connaîtra pas sa personnalité, on ne le découvrira pas plus que ça », énumère Yves.

Afin de garder son souvenir vivant et aussi pour lui donner une identité propre, le couple nomme l’enfant Eli.

Faire confiance à la vie

Quelques mois après la perte du bébé, ils ont adopté un chien « pour déverser leur trop plein d’amour », avoue Gabrielle.

Afin d'obtenir du réconfort, ils se sont appuyés sur leurs amis et ils ont aussi assisté à des rencontres du groupe de soutien Les étoiles filantes, qui se spécialise dans le deuil périnatal.

Gabrielle a aussi décidé de passer par le bloc opératoire.

« Je me suis fait opérer deux fois à l’utérus. Puis après ça, une fois que tout ça a été guéri, on s’est dit qu’on était prêt à se lancer. Mais je ne voulais pas mettre toute mon énergie dans ce projet-là. […] On s’est dit, on va voir comment les choses vont arriver, je n’avais envie de rien planifier ou calculer », détaille-t-elle.

Dans les faits, Gabrielle est retombée enceinte assez facilement au printemps 2017. Elle s'est alors fait la promesse d’adopter une attitude différente cette fois-ci.

« J’ai eu peur tout le début de ma première grossesse et ça ne m’a pas protégée. Je n’en ai juste pas profité. Là, je me disais : "La seule certitude que j’ai, c’est que là je suis enceinte" », précise-t-elle. « J’avais comme besoin de faire un acte de confiance envers la vie ».

Puis les jours ont défilé, qui se sont transformés en semaines et en mois. Contrairement à sa conjointe, Yves était beaucoup plus anxieux, même si la grossesse se déroulait très bien.

« J’avais peur qu’on ne soit pas capable de vivre la seconde grossesse de manière naïve, dans le plaisir, dans le bonheur, dans la magie, dans l’insouciance », énumère-t-il.

Finalement, Henri est arrivé le 13 janvier 2018 après un accouchement provoqué, mais qui s’est très bien déroulé.

La seule chose que le couple planifie depuis, c’est un long congé parental, avec un voyage au cours de l’été.

« Il n’y a plus de plan. On a un beau bébé en santé en ce moment, c’est ça qui est important », retient Yves.

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