Retour

Visite guidée dans la communauté autochtone de Kitigan Zibi

Les malins préparent une émission spéciale diffusée en direct du pow-wow de Kitigan Zibi le samedi 2 juin, dès7 h. Pour l'occasion, l'équipe part à la découverte de la nation Algonquine Anishinabeg en Outaouais, en compagnie de deux guides aux parcours différents.

Un reportage de Christelle D’Amours pour Les malins

Située à 90 minutes au nord de Gatineau, Kitigan Zibi est une communauté algonquine constituée d’environ 3500 membres vivant sur la réserve et hors réserve.

Sur place, un ensemble de services sociaux et communautaires s'avèrent accessibles à tous les résidents.

Au volant de son Jeep, Kane Dumont se dirige vers le premier arrêt de la visite : la garderie. Le trentenaire se souvient y être allé enfant, puisqu’il habitait déjà sur la réserve à cette époque.

Bien qu’il ait passé son enfance à Kitigan Zibi, l'homme a réellement commencé à s’intéresser à sa culture à l’âge de 16 ans.

Kane Dumont s’est initié tard aux traditions de son peuple, par manque d’intérêt d’abord, puis, par peur du ridicule. Aujourd’hui, il fait partie de la troupe de danseurs traditionnels lors des pow-wow.

Fier de ses racines, il souhaite devenir le modèle qu'il n'a jamais eu et contribuer à faire rayonner sa culture auprès des plus jeunes.

Mariette Buckshot, qui accompagne aussi l’équipe pendant la visite guidée, exerce le rôle de coordinatrice de la langue et de la culture à Kitigan Zibi. Née sur la réserve en 1970, elle a d’abord renié ses origines.

« À 25 ans, j’ai trouvé “ moi ”, l’Indienne [sic] en moi, puis avec les pow-wow aussi, ça a aidé », mentionne celle pour qui le français s'avère la troisième langue.

Mme Buckshot s’affaire maintenant à enseigner les traditions autochtones aux membres de sa communauté, mais aussi aux non-Autochtones qui s’y intéressent.

« Ça, c’est chez moi. Je connais tout le monde ici et je pense que je suis l’amie de tout le monde dans la communauté. Comme une grosse famille », fait valoir la quadragénaire, les yeux brillants.

Au service de l’éducation

La gardienne de la culture se rend régulièrement dans les écoles de la communauté pour enseigner la cuisine, la langue et l’artisanat algonquins aux enfants.

Les élèves du primaire fréquentent l’école Kitigan Zibi Kikinamadinan. Ils partagent l’édifice avec les élèves du secondaire, qui occupent une aile leur étant réservée.

« Je suis choyé et vraiment chanceux d’avoir gradué d’une école pour les gens des Premières Nations », affirme Kane Dumont.

Il ajoute d’ailleurs que le réseau de Kitigan Zibi soutient les élèves durant toutes leur scolarité, même lorsqu’ils étudient hors réserve au niveau collégial ou universitaire. L’appui se manifeste par l’accès à des ressources humaines et financières.

Échange entre générations

Au centre jeunesse, les enfants peuvent suivre des ateliers de cuisine ou d’artisanat avec des adultes. À l’inverse, les aînés peuvent aussi y perfectionner leurs connaissances sur Internet ou leurs téléphones intelligents, guidés par les jeunes.

Le centre pour les personnes âgées de la réserve favorise également ce genre d'interactions.

« Parfois, on prend des petits à l’école, puis on prend une petite marche et on vient faire des visites avec des aînés ici. Les aînés aiment ça, parce que les petites chantent, parlent, puis posent des questions », raconte Mariette Buckshot.

Ces échanges intergénérationnels sont nécessaires à la survie de la langue et des traditions culturelles, soutient cette dernière.

Kane Dumont regrette toutefois l’époque où les portes du centre jeunesse étaient toujours ouvertes. Il y retrouvait ses amis pour jouer et échanger. « Je venais tout le temps ici. C’était une deuxième maison », se rappelle-t-il, en évoquant l'aspect « sécuritaire » des lieux.

Désormais, le centre adjacent au centre de conditionnement physique propose plutôt une programmation liée à des heures spécifiques.

« On a besoin de quelque chose pour la jeunesse ici  : pour jouer, rencontrer, aider avec les devoirs. Juste une place pour la jeunesse avec des adultes, pour la langue, pour des activités », renchérit Mme Buckshot.

Ressources sociales

Quelques rues plus loin, Mariette Buckshot présente les différents intervenants qui contribuent à préserver l’harmonie et le bon fonctionnement de Kitigan Zibi.

« On est heureux d’avoir la police dans la communauté », soutient-elle en désignant le poste situé juste à côté du refuge pour les femmes victimes de violence conjugale et du centre de services sociaux.

Un autre bâtiment rassemble les services de santé et de soutien, incluant travailleurs sociaux, psychologues et autres soins médicaux.

Kitigan Zibi a aussi son propre centre de désintoxication, qui dessert sa communauté, mais aussi les membres des Premières Nations avoisinantes.

Esprit d’accueil et d’intégration

Certains résidents de Kitigan Zibi fréquentent toujours la petite église, vestige de l'éducation catholique autrefois obligatoire, qui s’y trouve.

« On respecte tout le monde. Si lui est catholique et moi je suis traditionnelle, je vais le respecter pour ce qu’il pense. Pareil comme lui avec moi », explique Mariette Buckshot en se proclamant défenderesse du respect et de l’humilité. « On respecte les gens et les choix de leur vie. »

C’est dans cet esprit d’accueil que Mme Buckshot invite les gens à se joindre à l’événement qui rassemble Autochtones et non-Autochtones lors de la fête visant à célébrer les traditions de son peuple.

« [...] Viens. Viens prendre une marche avec nous autres, une danse. Ce n’est pas fermé, tout le monde est bienvenu à notre pow-wow! », lance-t-elle avec un grand sourire.

Plus d'articles