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Vivre en français à Ottawa : un défi pour les réfugiés syriens

Les 1500 Syriens qui ont trouvé refuge à Ottawa, l'hiver dernier, s'apprêtent à célébrer le premier anniversaire de leur arrivée. Envers et contre tous, une poignée d'entre eux ont choisi de s'intégrer dans leur communauté d'accueil en apprenant le français, une décision qui entraîne son lot de défis.

C’est que dans la capitale, le programme d’aide à la réinstallation, pourtant financé par le gouvernement fédéral, n’est offert qu’en anglais. Selon la gestionnaire du programme « Collectivité accueillante » au sein de l’organisme La Boussole francophone, Françoise Magunira, cette situation explique en partie pourquoi les réfugiés syriens sont peu nombreux à avoir fait le choix de vivre en français.

« Si on avait ce programme en français, il est évident que les participants poursuivraient leurs démarches d’intégration en français », affirme-t-elle.

Bien que les intervenants tentent de les sensibiliser au fait français, Mme Magunira admet que les principaux efforts d’intégration sont consacrés à d'autres enjeux.

Nous n’avons pas un mandat de formation linguistique. Nous avons un mandat d’établissement et d’accueil.

Françoise Magunira, gestionnaire du programme « Collectivité accueillante » au sein de l’organisme La Boussole francophone

La situation pourrait changer dans le cas de la venue d’une deuxième cohorte de réfugiés. Un comité a été créé afin de comprendre pourquoi si peu de réfugiés dans la capitale fédérale ont opté pour le français. « On veut éviter que les mêmes erreurs soient répétées », précise Mme Magunira.

Déterminés à vivre en français

Certains réfugiés syriens sont tout de même arrivés à Ottawa avec une certaine connaissance du français.

C’est le cas de Rola Jreij. Originaires de la ville de Homs, là même où la guerre civile a commencé, Mme Jreij, son époux et leurs deux enfants ont d'abord fui au Liban, avant de venir au Canada, où ils sont arrivés le 1er février dernier.

De religion chrétienne maronite, ils ont été parrainés par les membres de l'église Saint-Louis-Marie-de-Montfort, une communauté catholique francophone d’Ottawa. Malgré la prépondérance de l’anglais dans la capitale, Mme Jreij est déterminée à vivre dans la langue de Molière.

« Partout où je vais, je demande pour parler à quelqu’un qui parle français. Généralement, ça fonctionne », dit-elle.

Le fait de parler français lui a même permis de se trouver un emploi. Ses deux enfants fréquentent également une école francophone, ce qui la rend très fière.

Mes deux enfants parlent le français, ils vont à l'école française, ça nous donne beaucoup de force à continuer notre vie ici, à Ottawa.

Rola Jreij, réfugiée syrienne à Ottawa

D’ailleurs, l’intégration des enfants syriens dans les écoles se déroule rondement, selon Gilles Bourgeois, enseignant de l’École élémentaire catholique Montfort. À ses dires, les six élèves accueillis par l’école se sont rapidement familiarisés avec les exigences académiques de l’établissement et n’auraient pas de difficulté particulière à se faire des amis.

« Je suis toujours surpris de voir comment les enfants apprennent vite et s’intègrent bien à leur nouvelle société », se réjouit l’enseignant.

M. Bourgeois explique que l’école peut compter sur des élèves « ambassadeurs », dont le rôle est d’accompagner les élèves syriens lorsqu’ils éprouvent des difficultés.

Fait qui peut sembler étonnant, les élèves ne présentent pas, selon M. Bourgeois, de séquelles des expériences parfois traumatisantes vécues en temps de guerre. Au contraire, ils démontrent un enthousiasme et une joie de vivre qui facilite la tâche des enseignants.

C’est une joie d’enseigner à ces enfants. Ils ont une étincelle dans leurs yeux qui rend notre travail beaucoup plus facile.

Gilles Bourgeois, enseignant à l’École élémentaire catholique Montfort d’Ottawa

Avec les informations du journaliste Gilles Taillon

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