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Yes, hello?! La circonscription d'Ottawa-Vanier s'anglicise-t-elle?

À une époque pas si lointaine, il suffisait qu'un candidat gagne la confiance d'une majorité de francophones dans la circonscription d'Ottawa-Vanier pour que ses chances de remporter les élections soient solides. Cette époque tire à sa fin...

Un texte de Angie Bonenfant

Selon des données obtenues par ICI Ottawa-Gatineau, il y a de moins en moins de personnes qui vivent en français et qui parlent la langue de Molière dans la circonscription de feu Mauril Bélanger.

Non seulement le poids démographique des électeurs francophones y est en baisse depuis les 20 dernières années, mais leur nombre absolu, lui aussi, diminue.

Cette diminution n'a rien de catastrophique, selon des experts à qui nous avons parlé, mais la tendance est suffisamment inquiétante pour soulever certaines questions.

Langue le plus souvent parlée à la maison

Tout d'abord, les chiffres.

En 1996, selon Statistique Canada, la langue le plus souvent parlée à la maison était le français pour 28,9 % des résidents de la circonscription d'Ottawa-Vanier. En 2011, ce taux avait baissé à 23,8 %.

La langue d'usage demeure essentiellement l'anglais pour une majorité de résidents de cette circonscription.

Langue maternelle

Dans le même ordre d'idée, la première langue apprise à la maison et encore comprise par les résidents d'Ottawa-Vanier est de moins en moins le français.

Au recensement de 1996, 34,8 % des résidents avaient indiqué le français comme langue maternelle contre 29,2 %, en 2011.

Première langue officielle parlée

Également, en 1996, 35,5 % des résidents d'Ottawa-Vanier ont indiqué pouvoir soutenir une conversation en français seulement. Ce taux est passé à 30,6 %, en 2011.

Ottawa-Vanier dans une classe à part

Toutes les variables indiquent que le français dans la circonscription d'Ottawa-Vanier perd du terrain au détriment des autres langues. Depuis 1996, cette tendance s'accentue un peu plus chaque année.

Curieusement, la courbe démographique des francophones d'Ottawa-Vanier ne suit pas celle observée ailleurs au pays, a souligné Jean-François Lepage, spécialiste des questions linguistiques à Statistique Canada.

« Pour ce qui est des francophones à l'extérieur du Québec [Rest of Canada ou ROC], la tendance est à la baisse pour ce qui est du poids démographique, mais ce n'est pas à la baisse pour le compte de population, c'est-à-dire le nombre », a-t-il expliqué.

« Dans Ottawa-Vanier, la particularité, c'est qu'il y a non seulement une baisse du poids démographique, mais aussi une baisse du nombre de francophones. »

« Les changements des 20 dernières années ont donné un nouveau visage démographique tant dans les circonscriptions fédérale que provinciale », a indiqué de son côté Gilles LeVasseur professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa.

« Il y a une baisse marquée des francophones dans la circonscription et cela a un impact sur le poids démographique des francophones dans le processus électoral », ajoute-t-il.

Ceux et celles qui désirent remplacer Mauril Bélanger et Madeleine Meilleur ne peuvent pas passer cette réalité sous silence, a soutenu M. LeVasseur.

Il ne suffit plus de compter uniquement sur les francophones pour se faire élire, dit-il, il faut aussi chercher le vote des nouveaux arrivants et des anglophones... et traiter des enjeux qui les concernent.

Des chiffres à la réalité

Sur le terrain, Chris Penton, le président de l'Association communautaire de Vanier, constate effectivement que sa clientèle est de plus en plus anglophone et multiculturelle.

« À Vanier, nous avons beaucoup de membres de la communauté autochtone et de nouveaux arrivants », a-t-il souligné.

Les résidents de Vanier font surtout appel à son association pour des problèmes liés au développement des édifices, des problèmes sociaux ou de crimes. Très peu le sollicitent pour des enjeux liés à la francophonie.

« La communauté de Vanier a beaucoup changé », a-t-il rappelé. La preuve, c'est que son association est dirigée par un anglophone, a-t-il souligné, faisant référence à ses propres origines... chose impensable, à une époque pas si lointaine.

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