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30 ans plus tard, les partisans des Nordiques ne l'ont pas oublié...

Le numéro 19 qui s'amène en zone des Canadiens. Le contact entre deux adversaires devant le filet. Le gardien Brian Hayward en déséquilibre. Cette rondelle qui entre faiblement jusqu'au fond du but des Canadiens. L'arbitre Kerry Fraser qui agite les bras. La confusion des commentateurs. La colère de l'entraîneur Michel Bergeron.

Un texte de Jean-Philippe Martin

C'était le 28 avril 1987. Les Canadiens de Montréal et leurs grands rivaux, les Nordiques de Québec sont à égalité 2-2 dans le 5e match de la finale de la division Adams.

Avec moins de trois minutes à jouer en troisième période, Alain Côté des Nordiques croit avoir inscrit le but qui va permettre à son équipe de prendre une avance de 3-2 dans cette série.

L'arbitre Kerry Fraser juge cependant que le but n'est pas bon, qu'il y a eu obstruction sur le gardien. Cette séquence a marqué le folklore sportif québécois, et elle suscite toujours autant de controverse aujourd'hui.

Pas de consensus

Question de revisiter la séquence, et de permettre à ceux qui ont peu ou pas connu la rivalité Canadiens-Nordiques de se plonger dans ce moment marquant du hockey professionnel québécois, Radio-Canada a demandé à deux arbitres de moins de 25 ans de visionner la séquence du but refusé et de donner leur verdict.

Avant de se prêter au jeu, Guillaume Lévesque n'avait jamais vu la reprise du fameux but. Le jeune homme de 18 ans avait entendu parler de la controverse, mais il ignorait pourquoi l'officiel avait refusé d'accorder le but aux Nordiques.

En voyant la séquence, il avoue qu'il n'aurait pas rendu la même décision.

« Moi, je pense que j'accorde le but. On voit que le joueur des Nordiques [Paul Gillis] freine avant d'entrer en contact avec le gardien. Il tourne son patin. Il essaie de l'éviter, et j'ai l'impression que c'est peut-être plus le joueur des Canadiens [Mats Naslund] qui fait de l'obstruction sur le gardien. »

Assis à ses côtés, devant les bannières des Nordiques hissées au plafond du Centre Vidéotron, Nicolas Leclerc a vu sur le même écran, la même séquence et les mêmes reprises au ralenti.

Pourtant, l'arbitre de 24 ans défend la décision qui a tant fait rager les partisans des Bleus.

« J'ai comme l'impression que le joueur des Nordiques freine, mais qu'il pousse toujours en direction du but [des Canadiens]. Il entraîne avec lui le joueur des Canadiens qui entre en contact avec le gardien sans le vouloir. »

À la défense de Kerry Fraser

Impressionné par l'assurance et le sang froid dont fait preuve l'officiel, alors âgé de 34 ans, Nicolas Leclerc ne peut qu'avoir de l'empathie pour Kerry Fraser. « C'est certain que pour l'arbitre, la façon dont il est placé, c'est un peu plus difficile à voir. »

Son collègue va même jusqu'à défendre la décision rendue, même s'il ne la partage pas.

« Avec l'angle de caméra qu'on a, on voit ce que le joueur des Nordiques fait et on ne sait pas trop si on [accorderait le but] ou non » explique Guillaume Levesque. « Je pense qu'avec l'angle que [Kerry Fraser] avait, c'est normal qu'il ait refusé le but en raison de l'obstruction sur le gardien. »

Les deux officiels s'entendent aussi pour dire que le système actuel à quatre officiels et les reprises vidéo utilisées aujourd'hui par la Ligue nationale de hockey auraient permis de rendre une décision plus éclairée sur la séquence.

Peut-être bien, mais est-ce qu'on en parlerait encore aujourd'hui, trente ans plus tard? Il est permis d'en douter.

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