Depuis que le Tribunal des droits de la personne se penche sur le cas de l'humoriste Mike Ward, poursuivi pour ses propos tenus à l'endroit de Jérémy Gabriel et de son handicap dans un numéro, les réactions fusent.

Jusqu'où l'humour peut-il aller? Un humoriste a-t-il le droit de tout dire?

L'humoriste et animateur Guy A. Lepage n'a épargné personne au cours de sa carrière au sein de Rock et Belles Oreilles. En entrevue jeudi matin avec Alain Gravel sur ICI Radio-Canada Première, il a d'abord rappelé que le public qui assiste aux spectacles de Mike Ward sait à quoi s'attendre, et qu'il est injuste de la part des médias de diffuser en boucle un court extrait.

« On franchit une ligne quand on sort de son contexte un extrait qui a été présenté en spectacle devant des fans de Mike Ward. Ce n'est pas un sketch du Bye bye, ça a été fait dans son show devant des adultes consentants. Tout le monde sait à quelle enseigne loge Mike Ward en humour. Personnellement, je le trouve très drôle dans la vie et sur scène. Mais je sais que lorsque je vais voir Mike Ward, je ne vais pas voir Stéphane Rousseau. »

« L'humour a souvent surfé avec les limites de l'acceptable et de l'inacceptable. Selon les groupes auxquels on s'adresse, les réponses ou les perceptions vont grandement différer », estime pour sa part la directrice de l'École nationale de l'humour, Louise Richer, qui s'est entretenue, mercredi, avec Annie Desrochers au 15-18.

Les humoristes québécois ont tout à craindre lorsqu'une cause de ce genre se retrouve devant la Commission des droits de la personne, affirme Guy A. Lepage, qui parle d'un dangereux précédent. « Je trouve ça assez dangereux. On a le droit de poursuivre en diffamation qui on veut, mais si tous les caricaturistes ou humoristes du Québec se disent : "Est-ce que je dois m'autocensurer parce qu'il y a une Commission des droits de la personne, qui, out of nowhere, va me poursuivre pour ce que je dis?" »

Louise Richer abonde dans le même sens : « C'est inquiétant de penser qu'on va baliser et paramétrer parfaitement ce qui est recevable et ce qui ne l'est pas et qui est toujours en évolution. »

La directrice générale de l'École nationale de l'humour cite en exemple le groupe RBO ainsi que l'émission américaine South Park, qui faisait des blagues sur Christopher Reeve, l'acteur décédé en 2004 qui était devenu paraplégique en 1995.

Louise Richer affirme que des notions de droit, notamment sur la diffamation, sont enseignées dans le cours de gestion de carrière à l'École nationale de l'humour. À l'ère des réseaux sociaux, les réactions peuvent prendre une grande ampleur et les jeunes humoristes doivent avoir une bonne compréhension de leur influence. « La prise de parole est une grande responsabilité », croit-elle.

Voici les réactions de certains humoristes sur les réseaux sociaux

#MikeWard @mikewardca

Une photo publiée par Eddy King (@eddykingkong) le

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