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Alain Perreault soupçonné dès le départ par les proches de Lyne Massicotte

« J'étais sûre qu'il était arrivé quelque chose de grave », a témoigné en pleurs Manon Lessard. L'amie de Lyne Massicotte n'a pas cru Alain Perreault dès la première fois qu'elle l'avait appelé le 17 juillet 2003. Elle s'inquiétait alors de ne pas avoir de nouvelle de son amie, une femme de Chambly qui s'était rendue à Québec pour rencontrer Perreault.

Un texte de Yannick Bergeron

Manon Lessard a été la première témoin appelée à la barre au second procès pour meurtre de l'homme de 54 ans, qui se déroule au palais de justice de Québec.

Elle a raconté qu'Alain Perreault lui avait affirmé au bout du fil que Lyne était partie acheter des cigarettes et qu'elle n'était jamais revenue. Lyne Massicotte, une mère de famille monoparentale de 43 ans, avait discuté avec Alain Perreault sur Internet avant de se rendre à son appartement de Limoilou.

Sans nouvelles de son amie qui devait garder contact avec elle durant cette journée, Manon Lessard a tout de suite joint la soeur de la disparue, Francine Massicotte, qui a appelé à son tour chez Perreault.

L'inquiétude des deux femmes a grandi lorsque Perreault a changé de version. Lyne était plutôt allée au restaurant, a-t-il indiqué plus tard.

Alors qu'elle était interrogée par l'avocat de Perreault, Francine Massicotte s'est montrée exaspérée: « Ça fait deux fois qu'on me fait subir ça », a laissé tomber la femme de 58 ans, faisant allusion au fait qu'il s'agit d'un second procès.

En début de journée, le juge Richard Grenier est revenu rapidement sur le fait qu'il s'agit d'un deuxième procès. Il a demandé aux jurés de ne pas spéculer sur l'issue du premier procès et de ne pas tenter de savoir ce qui s'était passé.

Le magistrat s'est contenté de dire qu'un nouveau procès était nécessaire pour des raisons juridiques.

Opération « Mr Big »

La Couronne entend démontrer qu'Alain Perreault a étranglé Lyne Massicotte avant de se débarrasser de son corps en bordure du fleuve, à Lévis.

Les enquêteurs soupçonnaient l'accusé depuis le début, mais il aura fallu une enquête de type « Mr Big », pour réussir à l'épingler en janvier 2010. Perreault a fait une déclaration incriminante à une organisation criminelle fictive composée de policiers.

« Il l'a étranglée parce qu'elle a refusé ses avances », a relaté la procureure de la Couronne, Lyne Morais, en faisant référence aux confessions de l'accusé. Perreault a aussi confié au « grand patron » de la fausse organisation qu'il avait tenté d'avoir une relation sexuelle avec le cadavre avant de s'en débarrasser.

Le soir de la disparition de la mère de deux enfants, l'accusé aurait consulté des sites concernant les peines pour meurtre et outrage à un cadavre, a dit Me Morais. La Couronne appellera d'ailleurs à la barre un expert en informatique pour le démontrer.

La poursuite a aussi fait entendre un technicien en scène de crime de la police de Québec. Michel Côté a passé au peigne fin l'appartement d'Alain Perreault sans trouver de traces de sang ou de sperme.

Il a également examiné la voiture de la disparue qui a été abandonnée dans le Vieux-Québec, quatre jours après sa visite chez Alain Perreault. Le siège du conducteur était reculé pour accueillir un conducteur de grande taille, alors que Lyne Massicotte était toute petite. Il y avait de la boue du côté gauche de la voiture.

En tout, la poursuite fera entendre 18 témoins pendant le procès qui doit durer environ un mois. Quatre agents d'infiltration, qui ont piégé Perreault, vont témoigner derrière des paravents pour protéger leur identité.

Type d'enquête contesté

La méthode d'enquête « Mr Big » a fait l'objet de nombreux débats jusqu'en Cour suprême. Il y a deux ans, le plus haut tribunal au pays a imposé de nouvelles règles pour mieux encadrer ce type d'enquête.

C'est la poursuite qui a maintenant le fardeau de prouver que les aveux obtenus au terme d'une telle enquête sont admissibles en preuve. La Cour suprême a statué que le suspect doit faire des aveux de manière libre et volontaire, c'est-à-dire sans se sentir menacé.

De plus, les aveux ne sont pas valables si la police ne détient pas des éléments de preuve qui viennent appuyer la déclaration du suspect.

Le juge doit aussi donner une mise en garde aux jurés sur le contexte dans lequel les aveux ont été soutirés.

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