Jamais Alex Harvey n'a amorcé une saison de ski de fond avec autant de confiance. Pourtant, pas de Championnats du monde ni de Jeux olympiques à l'horizon.

Un texte de Manon Gilbert

Mais des jambes renouvelées à la suite de deux chirurgies le printemps dernier pour débloquer ses artères iliaques qui transportent le sang de l'aorte aux membres inférieurs.

Huit heures sur la table d'opération (deux fois quatre heures) qui lui permettront désormais de garder le pas avec ses rivaux dans les ascensions abruptes, sa faiblesse depuis toujours.

« La différence cette année, c'est que j'y crois. Je crois en mes chances de gagner le général », affirme le fondeur de 28 ans joint à Park City, où il s'entraîne en altitude depuis trois semaines.

Harvey n'ambitionne rien de moins que de gagner le globe de cristal qui récompense le skieur le plus constant de la saison. Il serait même prêt à troquer ses quatre médailles de championnats du monde pour ce trophée, jadis hors de sa portée.

« Le ski de fond, c'est un sport très physique, un sport d'endurance. Donc, il faut que tu restes au sommet de ta forme du début à la fin de l'hiver, c'est vraiment un défi. Ceux qui gagnent le classement de la Coupe du monde sont toujours respectés par les autres skieurs. »

Malgré ses problèmes de circulation sanguine à l'effort, surtout en style libre, Harvey avait réussi à finir 3e au classement général de la saison 2014. Mais contraint à l'abandon lors de la dernière étape du Tour de ski depuis trois ans, parce qu'incapable d'affronter la mythique ascension de 3,7 km de l'Alpe Cermis, une station de ski alpin de Val di Fiemme dans les Dolomites, Harvey devait systématiquement mettre une croix sur le globe de cristal.

Et quand les points accumulés lors du Tour de ski sont multipliés par quatre, sa 3e place en 2014 représente pratiquement un exploit en soi.

« Je peux vraiment me battre maintenant à armes égales avec mes compétiteurs, ce qui n'était pas le cas avant, estime le Québécois. Je pouvais avoir de super bonnes journées. Mais les journées où je pouvais moins compenser, je me faisais décrocher assez rapidement. »

Pour pallier son manque de force en montée, Harvey avait développé un puissant haut du corps. C'est ainsi qu'il pouvait revenir à l'avant-poste s'il avait dû se laisser glisser dans le peloton dans une ascension. Sa double poussée sur le plat avait de quoi faire frémir ses rivaux. Parlez-en au Norvégien Ola Vigen Hattestad qui avait vu Harvey lui souffler l'or du sprint par équipe au mondiaux de 2011 devant des milliers de spectateurs médusés à Oslo.

Et pas plus tard qu'en février dernier, l'illustre Petter Northug, médaillé d'argent avec Hattestad de ce sprint par équipe en 2011, a failli se faire jouer le même tour au sprint individuel. N'eussent été quelques centimètres, l'irrésistible poussée du skieur de Saint-Ferréol-les-Neiges l'aurait propulsé sur la plus haute marche du podium et non sur la seconde.

Content de souffrir

Voilà qu'avant même ses premières sorties sur neige, Harvey n'a plus besoin de compenser avec ses bras pour arriver au même résultat lors des entraînements à haute intensité, tant en ski à roulettes qu'en course à pied.

« D'être capable de bien pousser quand on utilise seulement les jambes, c'est ça qui me fait le plus plaisir. De me faire mal finalement, mais en utilisant seulement les jambes », prétend l'étudiant en droit, qui compte 13 podiums en Coupe du monde, dont 4 victoires.

Largué par ses coéquipiers lors des blocs par intervalles en ski à roulettes, c'est lui maintenant qui dicte le rythme.

« On fait souvent six fois cinq minutes d'intensité. Vers la fin, je n'étais pas capable de rester avec les 3-4 meilleurs. Je pouvais être 20 à 30 secondes derrière par tranches de 5 minutes. Lors du dernier entraînement, j'ai réussi à décrocher tout le reste du groupe vers la fin. C'est une amélioration de 20 à 30 secondes sur 5 minutes purement en montée. Avant, dès que mes pulsations dépassaient 150 battements par minute, mes jambes bloquaient. »

Harvey a maintenant hâte de tester ses jambes sur la neige. D'abord sur la glisse boréale, une piste enneigée artificiellement de 1,5 km à la Forêt Montmorency, qui ouvre à la fin du mois. Mais l'ouverture de la Coupe du monde à Ruka marquera son véritable test, d'autant plus que les trois courses finlandaises sont disputées sous la forme d'un mini-tour avec classement cumulatif à la fin.

« En début de saison, les parcours sont vraiment abrupts. J'avais fini 7e (Ruka l'an passé et Kuusamo en 2011) et c'était vraiment mon meilleur résultat à vie, mais c'était en classique. En style libre, je n'ai jamais fait de top 10 là-bas. Je ne sais pas si je peux gagner, mais ça serait bien d'être dans le top 5 ou le top 10. Ça donnerait un bon début si j'accumulais déjà des points. »

Le début oui, mais la fin de saison aussi. Parce que le calendrier de la Coupe du monde se conclura chez lui, avec le nouveau Tour du Canada et ses 8 étapes en 12 jours.

« Le meneur de la Coupe du monde, c'est le maillot jaune comme au Tour de France. Si je pouvais porter le maillot jaune au Canada, ce serait vraiment exceptionnel », dit-il avec un brin d'envie.

Harvey et son entraîneur Louis Bouchard ont déjà un plan pour les épreuves du 1er au 12 mars, tenues à Gatineau (1 étape), Montréal (1 étape), Québec (2 étapes) et Canmore (4 étapes). Quitte à perdre 200 points, ils ont décidé de faire une croix sur les deux courses de Lahti (Finlande) la semaine précédente afin de s'entraîner en altitude à Livigno (Italie) et ensuite à Lake Louise et Canmore.

« Les épreuves au Québec sont au niveau de la mer. Mais dans l'Ouest, c'est en altitude. Je veux être prêt pour les dernières étapes du Tour. Je veux vraiment être au meilleur de ma forme durant ces compétitions-là au mois de mars. Ce sont un peu mes Championnats du monde ou mes Jeux olympiques. »

Et comme Harvey a l'habitude de se distinguer dans les grands rendez-vous, oubliez Sotchi son seul faux pas, ses rivaux devront l'avoir à l'œil. Ce qui pourrait être encore plus facile s'il endosse un certain maillot jaune!

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