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Alexandre Bissonnette, un tueur calme et méthodique

Les personnes qui ont assisté au début des recommandations sur la peine d'Alexandre Bissonnette, mercredi, ont pu visionner des images de la tuerie survenue à la mosquée de Québec le 29 janvier 2017, mais pas avant d'avoir reçu une sérieuse mise en garde de la part du juge François Huot.

Un texte de Louis Gagné et Yannick Bergeron

« J’ai été placé, en tant que juge, dans l’obligation de visionner les vidéos. Je ne peux m’empêcher, non pas comme juge, mais comme homme, de vous conseiller d’y penser à deux ou trois fois avant d’accepter », a déclaré le magistrat, qui a décrété une pause de 30 minutes pour faire sortir les gens qui ne souhaitaient pas regarder les vidéos.

L’avertissement du juge Huot s’adressait particulièrement aux membres de la communauté musulmane.

Le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, a préféré sortir de la salle. Aymen Derbali, un rescapé de l’attaque devenu paraplégique, a quant à lui choisi de rester.

En tout, une quarantaine de personnes, principalement des journalistes et des membres des familles des victimes, sont demeurées dans la salle d'audience. Elles ont dû remettre leur téléphone cellulaire aux constables spéciaux du palais de justice de Québec.

Le juge a insisté sur l’importance de respecter l’ordonnance de non-diffusion qu’il a prononcée en matinée concernant les images captées par les sept caméras de la mosquée le 29 janvier 2017.

Les médias n’ont pas le droit de diffuser les images, mais ils pourront néanmoins en rapporter le contenu dans leurs reportages.

Démontrer « l’ampleur du crime »

Le procureur de la Couronne a ensuite présenté des vidéos de la tuerie à l'assistance. La démarche de Me Thomas Jacques vise à démontrer « l’ampleur du crime » afin d’obtenir une peine en conséquence. Rappelons qu’Alexandre Bissonnette a reconnu être l’auteur de 6 meurtres et de 6 tentatives de meurtre.

Les images captées par les caméras de surveillance de la mosquée de Québec le soir du 29 janvier 2017 montrent un meurtrier calme et méthodique, qui manipule son arme avec aisance.

Alexandre Bissonnette apparaît d'abord sur la caméra de surveillance située à l'ouest du bâtiment, en provenance du chemin Sainte-Foy.

Vêtu de vêtements sombres, il marche lentement vers la mosquée. Il transporte un étui à guitare à l’intérieur duquel est dissimulée une arme longue de calibre .223.

Les bandes vidéo, qui ne contiennent pas de bande sonore, le montrent ensuite commettre ses crimes.

On constate l’affolement des personnes présentes alors qu’elles tentent de fuir le meurtrier.

Me Thomas Jacques a insisté sur le fait qu’Alexandre Bissonnette a agi seul.

Silence dans la salle

Les personnes présentes dans la salle d’audience ont regardé les images en silence.

Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, était visiblement ému à la sortie de la salle d'audience.

« Une détermination inébranlable. C'est-à-dire que la préméditation est là. Une préméditation à 100%. [Le tireur] n'est pas hésitant. »

Alexandre Bissonnette a pour sa part fixé le sol tout au long de l’exercice, sauf lors de rares moments où il a jeté un regard furtif vers l’écran.

Le meurtrier est assuré d'être condamné à la prison à vie. Il reste à déterminer le temps qu'il devra passer en prison avant de pouvoir faire une demande de libération conditionnelle.

Cette période d'un minimum de 25 ans pourrait théoriquement atteindre jusqu'à 150 ans, soit 25 ans par meurtre.

Les recommandations sur la peine d’Alexandre Bissonnette vont durer plusieurs jours. Me Thomas Jacques a expliqué que la présentation de la preuve s’effectuerait en deux temps.

D’ici vendredi, la poursuite démontrera les circonstances dans lesquelles Alexandre Bissonnette a commis ses crimes. En plus des images, elle soumettra à la cour des photos, des rapports, des extraits audio ainsi que des témoignages écrits.

À partir de lundi, la Couronne présentera des témoignages de survivants et de proches des victimes de la tuerie.

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