Lendemain au goût amer pour les contre-manifestants qui déplorent que les dérapages aient terni leur message pacifique pro-immigration dimanche à Québec. Des observateurs externes admettent que c'est La Meute qui a gagné la bataille de l'opinion publique. Le groupe a même fait le plein de membres depuis les événements.

Un texte de Stéphanie Tremblay

« Le plus grand des trois rassemblements est passé presque invisible », lance Sébastien Bouchard. Le militant de gauche de longue date admet avec tristesse que la manifestation pacifique qui a rassemblé des centaines de personnes à la Place d'Youville n'a eu que très peu d'échos dans les médias.

Le message que les manifestants voulaient véhiculer c'est la tolérance, la lutte contre le racisme et l'importance de dénoncer la montée de l'extrême droite. Pour M. Bouchard, ce message a été occulté par les actes de violence commis par un groupuscule de gens masqués.

La Meute satisfaite du comportement de ses membres

De son côté, le porte-parole de La Meute, Sylvain Brouillette, est satisfait du déroulement de la manifestation. Il dit que ses membres ont respecté le plan de match qu'ils s'étaient fixé, en manifestant en silence et en respectant l'ordre public.

Si le groupe a préféré patienter de longues heures, c'est que les policiers n'étaient pas en mesure d'assurer leur sécurité, en raison des dérapages commis pas les contre-manifestants.

« On était 600, ç'aurait pu mal virer. La police nous a tenus au courant de ce qui s'est passé dehors et on a décidé d'attendre. »

La Meute gonfle ses rangs de sympathisants

Après les événements de dimanche, La Meute dit avoir fait le plein de sympathisants. Ils sont maintenant tout près de 60 000 membres actifs sur leur site Facebook.

Sylvain Brouillette continue de dissocier La Meute des groupes d'extrême droite et se défend d'être suprémaciste ou raciste.

La Meute remporte la bataille dans l'opinion publique

« Au plan des relations publiques, La Meute en sort renforcée », indique pour sa part Maxime Fiset qui estime que le groupe a bien joué ses cartes. Selon le spécialiste du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, le fait que le groupe attende patiemment que les éléments perturbateurs des contre-manifestants terminent leur travail pour ensuite manifester en silence les a bien servis.

Même son de cloche pour la vice-présidente de Mesure Média, Carolyne Roy.

« La Meute a réussi son coup médiatique. Ce sont eux qui ont gagné la journée d'hier », affirme la spécialiste qui a recensé mille contenus en lien avec les manifestations de Québec dimanche.

Selon Mme Roy, la médiatisation portait autant sur les manifestants de La Meute que les contre-manifestants. La différence, c'est que La Meute a reçu une couverture neutre et modérée et les militants de gauche ont reçu une couverture négative. Elle considère que le message de lutte au racisme a été complètement éclipsé du discours dans les différents médias, que ce soit au Québec, au Canada et à l'étranger.

Attention à La Meute

Même si c'est La Meute qui l'emporte dans l'univers médiatique, le consultant du Centre de prévention de la radicalisation sonne l'alarme. Maxime Fiset craint que les méthodes extrêmes utilisées par les contre-manifestants dimanche aient fait oublier le caractère raciste de La Meute.

Selon lui, le groupe doit être dénoncé.

« J'ose croire que La Meute n'est toujours pas légitime et que les gens se souviennent qu'il s'agit d'un groupe qui est à l'orée de l'extrême droite et qui tient un double discours, dont la seconde portion dissimulée est ouvertement raciste. »

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