Le jour J pointe à l'horizon pour Antony Auclair. Dix jours séparent l'ailier rapproché du Rouge et Or de l'Université Laval du repêchage de la NFL. Les 27, 28 et 29 avril prochains, la vie du Québécois pourrait basculer du tout au tout.

Un texte de Félix St-Aubin

Auclair cumule les visites dans les installations des organisations du circuit Goodell depuis près d'un mois. La bonne impression qu'il a laissée à la suite de ses saisons sur le campus lavallois, du East-West Shrine Game et de son Pro Day a suffisamment épaté la galerie pour que dix équipes le convient dans leur antre.

L'engouement est donc bien réel.

Ces rendez-vous ont pour objectif d'en apprendre davantage sur les joueurs grâce à des tests médicaux, des entrevues et des rencontres avec les différents dirigeants des opérations football. Mercredi, l'athlète de 23 ans, à la charpente avantageuse, remettra le pied au Québec et aura mis un terme à sa séance d'entretiens.

À moins d'un revirement inattendu, ce sera essentiellement au cours de la troisième journée de sélections qu'Auclair pourrait voir les portes de la NFL s'ouvrir à lui. Ses habiletés en protection et pour faire avancer les chaîneurs sont indéniables, mais le sont-elles assez pour qu'il puisse entendre son nom être prononcé durant les trois premiers tours? Probablement pas.

La profondeur démesurée à la position d'ailier rapproché pourrait même envoyer le Québécois hors du repêchage, qui prendra place à Philadelphie cette année. Si tel est le cas, le principal intéressé aurait le loisir de s'entendre avec l'organisation de son choix à titre d'agent libre non repêché.

« Il faut toujours se préparer, dans la NFL, à ce qu'un joueur ne soit pas repêché. [Si cela se produit], on s'attend à recevoir des offres des équipes. À mon avis, dans les minutes et les heures qui suivent le repêchage on va pouvoir jeter notre dévolu sur une formation », a expliqué l'agent d'Auclair, Sasha Ghavami.

« Habituellement, les offres surviennent très rapidement pour un joueur convoité, comme Antony, qui est considéré comme un choix de repêchage », a-t-il renchéri.

Les rapports des recruteurs et des analystes des réseaux américains, dont NFL Network, sont généralement élogieux à l'endroit d'Auclair. Dans ses observations du produit québécois, Lance Zierlein, qui travaille pour le site web de la NFL, le compare à Anthony Fasano, un vétéran de 32 ans qui roule sa bosse dans la ligue depuis 2006.

« Bien que la marche sera substantielle et pourrait nécessiter une période d'ajustement, Auclair dispose de tous les outils pour devenir un substitut de qualité dans la NFL avec, éventuellement, les attributs d'un partant s'il atteint son potentiel », a écrit Zierlein au sujet de l'ailier rapproché de 1,98 m (6 pi 6 po) et 115 kg (254 lb).

Dans les traces de Duvernay-Tardif

Les parcours d'Auclair et de Laurent Duvernay-Tardif sont similaires sur plusieurs points. Les deux hommes sont des produits du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), tant au niveau collégial qu'universitaire, sont représentés par Sasha Ghavami et ont suivi un sentier analogue dans les mois qui ont précédé le repêchage.

À l'issue de la dernière campagne, qui s'est conclue avec un couronnement à la Coupe Vanier, le receveur a emprunté la voie tracée par Duvernay-Tardif il y a trois ans. Il a été invité au East West Shrine Game, un match où les meilleurs talents du football universitaire en Amérique sont convoqués, et s'est rendu au Tennessee pour s'entraîner avec l'instructeur Charlie Petrone.

L'expérience a fonctionné pour le garde des Chiefs de Kansas City, c'est pourquoi Ghavami, avec l'approbation d'Auclair, n'a pas voulu changer cette formule gagnante.

Aux yeux de l'agent de joueurs, Duvernay-Tardif agit en tant que conseiller pour celui qui a été nommé sur l'équipe d'étoiles du RSEQ lors des deux dernières campagnes.

« Laurent est rendu un peu un mentor pour Antony. Il respecte beaucoup le chemin qu'il a emprunté parce qu'il essaie lui-même de le suivre. C'est une façon d'apprendre et de voir les différents processus et étapes. De voir quelqu'un du Québec qui a réussi [à s'établir dans la NFL], c'est bien pour Antony », a-t-il soutenu.

Duvernay-Tardif, dans toute sa modestie, ne se voit pas comme tel.

« On a appris à se connaître parce que Sasha a utilisé avec lui un peu la même recette que celle qu'il avait appliquée avec moi. [...] Je ne veux pas dire que je suis son mentor, loin de là, mais j'ai été là pour répondre à certaines de ses questions qu'il a eues pendant son parcours parce qu'il y a tellement de points d'interrogation, a-t-il évoqué.

« C'est quand même un grand saut de partir de chez soi pour s'entraîner aux États-Unis, dans le fin fond du Midwest, qui est complètement différent d'un point de vue culturel, pour s'investir à 100 % dans son sport et sacrifier certaines choses à la maison dans le but d'être repêché. Quand tu as quelqu'un près de toi qui est passé par là, c'est le fun. »

Duvernay-Tardif et Auclair se sont même permis une petite gageure amicale, à savoir si l'ancien membre du Rouge et Or allait être choisi avant ou après le 200e échelon, soit le rang auquel avait été appelé le joueur de ligne offensive en 2014.

La réponse à ce pari sera connue sous peu.

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