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Apaiser la douleur de la communauté musulmane

Impossible de mettre des mots sur la douleur ressentie, au lendemain de l'attaque terroriste qui a fait six morts au Centre culturel islamique de Québec. C'est donc à travers les larmes et les sanglots que s'est exprimée la souffrance de la communauté musulmane de Québec, lundi matin, à l'hôtel de ville. Le maire Régis Labeaume assure qu'il fera tout pour apaiser sa peine.

Entourés du premier ministre Philippe Couillard, du maire de Québec, Régis Lebeaume, et de nombreux autres élus, des représentants de la communauté musulmane ont pris la parole tour à tour, devant un parterre bondé de journalistes.

« Six de nos frères qu’on connaissait hier, qui étaient avec nous, que je voyais et qui priaient à côté de moi main dans la main […] ont été assassinés dans le dos ». Secoué de sanglots, un représentant de la communauté, Boufeldjah Benabdallah, souhaitait diriger ses pensées vers les victimes et leurs proches.

« Ayez tous une pensée pour ces gens, pour les enfants et pour les femmes », a-t-il dit. Incapable de mettre des mots sur la douleur ressentie, M. Benabdallah a dit trouver un peu de réconfort dans la vague de soutien qu’il ressent depuis dimanche soir.

Il n’y a pas de mots non plus pour exprimer toute cette solidarité […] qui nous réconforte à l’effet qu’on nous reconnaît comme des citoyens à part entière.

Boufeldjah Benabdallah, représentant désigné de la communauté musulmane de Québec

D’autres membres de la communauté ont abondé dans le même sens. « Nous sommes très touchés par cette solidarité, ça fait chaud au coeur et ça diminue notre chagrin », a affirmé, en larmes, le vice-président de la mosquée visée par l’attentat, Mohamed Labidi.

Salah Benrgig, de l’Association mosquée de la capitale, s’est aussi montré ému aux larmes de tous les témoignages de soutien qu’il a reçus en quelques heures seulement.

À 2 h du matin, a-t-il raconté, un inconnu lui a téléphoné pour lui livrer ces quelques mots : « Nous, les Québécois, on vous aime. »

J’ai même un ami du collège Limoilou qui m’a appelé […] pour témoigner ses sympathies. Il m’a dit, j’ai besoin de te serrer dans mes bras. Il m’a dit ce n’est pas possible que ce soit des gens comme toi qui subissent ce genre d’épreuves.

Salah Benrgig, membre de l'Association Mosquée de la capitale

Le tort causé sera toutefois long à réparer, affirme M. Benabdallah. « Nous voudrions dire au monde entier que quand on touche une partie d’un membre d’un corps, c’est tout le corps qui s’en ressent de fièvre. »

Faire tout le nécessaire

Visiblement ému par ces témoignages, le maire de Québec a tenu à dire que son administration mettrait tout en branle pour aider la communauté musulmane. Après le rassemblement citoyen qui aura lieu lundi soir à l’église Notre-Dame-de-Foy, les représentants de la communauté seront invités à préciser quel type d’aide leur serait utile.

« Ils vont demander à nos compatriotes ce qu’on peut faire de plus pour eux pour apaiser la peine, pour apaiser la douleur », a dit Régis Labeaume.

Mardi matin, une autre rencontre entre la Ville et la communauté aura lieu pour définir plus précisément la marche à suivre.

Régis Labeaume dit avoir eu l’assurance que le réseau de la santé effectuera un suivi serré avec les témoins de l’attentat. Les téléphonistes du service 311 ont aussi reçu des directives afin de répondre adéquatement aux interrogations des citoyens au sujet de l’attentat.

Par ailleurs, le gouvernement du Québec a mis en place un registre de condoléances en ligne. Les citoyens de partout dans le monde peuvent ainsi transmettre leurs pensées aux familles des victimes.

Renforcer la sécurité

Si la sécurité autour des lieux de culte a été renforcée dans les heures suivant l’attaque, les membres de la communauté musulmane ont indiqué leur désir d’en faire davantage à l’avenir.

« C’est une mauvaise passe dans laquelle on est, mais qui peut aussi nous servir de leçon », a dit M. Benabdallah, rappelant que depuis quelques années, des événements à caractère islamophobes avaient touché le Centre culturel islamique de Québec.

Une autre représentante de la communauté, Raja Doukkar, a pour sa part lancé un appel au pacifisme. Elle a assuré que malgré les événements de dimanche soir, elle croyait aux gestes posés par la classe politique pour assurer le vivre-ensemble.

« Nos enfants vous font confiance et on veut continuer à garder cette confiance. On veut nourrir cette confiance par le travail, par le travail en collaboration avec toutes les institutions pour garder ces enfants sur la bonne voie. »

Le rassemblement à l’hôtel de ville s’est conclu sur une incantation à Dieu, chantée en arabe par le président du Centre culturel islamique de Québec. Dans un geste symbolisant l’unité, politiciens et représentants de la communauté musulmane se sont ensuite pris par la main.

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