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Après les affrontements à Québec, La Meute marche dans le silence

Après avoir été confinés dans un stationnement souterrain pendant plusieurs heures, les membres de La Meute ont finalement pu manifester dans les rues de Québec en fin de journée, dimanche, contre ce qu'ils qualifient « d'immigration illégale ».

Un texte d'Alain Rochefort et de Valérie Boisclair

Avec près de quatre heures de retard, les membres de La Meute, un mouvement identitaire anti-immigration dont le discours flirte avec ceux d'extrême-droite, ont choisi de marcher en silence, laissant parler les slogans inscrits sur leurs affiches.

Selon les organisateurs, quelque 600 personnes ont pris part à la manifestation visant à dénoncer l’inaction du gouvernement dans le dossier des demandeurs d’asile.« Ça n'a plus aucun sens, il en rentre deux, trois milles. Notre pays tombe en ruine avec les fous de libéraux au pouvoir », a lancé Richard Maltais, un militant se revendiquant de l’extrême droite, venu de Chicoutimi pour prendre part à la manifestation.Si la marche de La Meute s’est déroulée sans anicroche, la contre-manifestation organisée par des militants antiracistes a connu des dérapages, en après-midi. La police de Québec a fait état d’une seule arrestation.Six manifestants ont été transportés à l’hôpital après avoir été blessés lors des heurts qui ont opposé une dizaine de militants aux forces de l’ordre.

Le fil des événements

En début d’après-midi, les membres de La Meute se sont retrouvés cloîtrés dans un stationnement souterrain par le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), qui a évoqué des raisons de sécurité.À l’extérieur, sur la rue Louis-Alexandre-Taschereau, plusieurs centaines de militants participant à la contre-manifestation s’étaient rassemblés. La foule s’est toutefois divisée en deux groupes, l’un restant devant l’édifice pour attendre la sortie des membres de La Meute.L’autre groupe s’est dirigé vers la rue Jacques-Parizeau, où une dizaine de manifestants ont commencé à faire éclater des feux d’artifice. Quelques-uns ont aussi lancé des bombes fumigènes, ce qui a mené le SPVQ à déclarer la manifestation illégale, vers 14 h 15.« Une première manifestation a été déclarée illégale après qu’un groupe de manifestants hostiles et masqués ait commis des actes de violence, de vandalisme et plusieurs infractions criminelles », a indiqué le porte-parole du SPVQ, David Poitras.

Certains militants cagoulés ont pris la direction de la rue Grande-Allée pour aller s’attaquer à des commerces.

D’autres bombes fumigènes, des chaises et des bouteilles de verre ont alors été lancées en direction des policiers. Des feux ont aussi été allumés dans des poubelles.

Les dérapages se sont poursuivis lorsque des militants plus enclins à la violence ont rejoint les rangs du groupe resté sur la rue Louis-Alexandre-Taschereau. Jusqu’alors, le rassemblement était pacifiste. La police l’a par la suite déclaré illégal.Le militant Jaggi Singh a pour sa part été le seul manifestant arrêté, sous les protestations de la foule. Une intervention trop musclée au goût de Rachelle Benjamin, l'une des manifestantes contre le racisme présente au moment de l'arrestation.

« J'ai trouvé [l'arrestation] très violente. C'est un monsieur qui avait apporté de la musique. Nous étions tous là pour manifester contre la haine, pour la diversité, pour la tolérance. »

Vers 16 h, l'escouade antiémeute s’est mêlée de la partie pour disperser les quelque 300 manifestants encore sur place, laissant le champ libre à La Meute.

« C'est la victoire de l'ordre face au désordre. Les gens vont comprendre que dans une société de droit, on ne peut pas faire ce que l'on veut. C'est toujours les gens qui sont du côté des forces de l'ordre qui finissent par gagner », a commenté le porte-parole de la Meute, Sylvain Brouillette.

Contre-manifestationRéunis pour la « manifestation citoyenne contre le racisme », des contre-manifestants ont tenu à dénoncer le discours de La Meute, qu’ils jugent discriminatoire à l’endroit des nouveaux arrivants.

« Il faut montrer qu'il y a une opposition claire et qu'ils ne peuvent pas parler au nom de la ville [de Québec] comme ça », a soutenu de son côté Sarah, une manifestante qui tenait à être présente pour démontrer « qu’il n’y a pas que l’extrême droite à Québec ».

« C’est une façon de s’assurer que des groupes comme La Meute sachent qu’il y a une opposition et de veiller à ce qu’ils n’évoluent pas en tant qu’entité politique », a souligné Titus Banerjee, venu de Montréal pour participer à la contre-manifestation.

Confrontations évitées entre les deux camps

À la lumière des événements, François Doré, analyste en affaires policières, conclut que les forces de l’ordre ont su garder le contrôle sur les manifestations, notamment en les déclarant illégales dès que des actes de violence et de vandalisme ont été posés.

À l’image du scénario de Boston, samedi, où les autorités ont maintenu les manifestants à l’écart des contre-manifestants, les policiers déployés à Québec ont réussi à empêcher les contacts entre les deux camps, soutient-il.« Cet espace sécuritaire permet aux deux groupes de scander leurs slogans, mais pas de s’affronter », explique M. Doré, en entrevue à RDI.

Confinés dans le stationnement souterrain, les membres de La Meute ont ainsi évité la confrontation avec les manifestants qui les attendaient à l’extérieur, divisés en divers groupuscules.Parmi ceux-ci, la présence du black block a été remarquée, mais plusieurs personnes qui manifestaient n’avaient pas d’appartenance à un groupe enclin à la violence, précise M. Doré.« Le black block va se manifester inopinément dans les manifs, dans le but de faire de la casse. [Ses membres] espèrent un affrontement avec les policiers, c’est régulier. Certains sont difficiles à identifier » et ils réussissent à infiltrer les rangs des manifestants, selon l’ancien policier de la Sûreté du Québec.

Les politiciens réagissent

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a condamné sur Twitter les événements survenus dans la capitale, dimanche après-midi.

« Nous condamnons la violence et l'intimidation. Nous vivons dans une démocratie où le respect doit être la norme et non pas l'exception », a-t-il écrit.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a aussi réagi sur Twitter en écrivant : « La violence, les masques, ce n'est pas une façon de s'exprimer. Peu importe son opinion. Point final. »

Samedi, le maire de Québec avait interrompu ses vacances pour lancer un appel au calme à la veille de ces manifestations. Régis Labeaume avait tenu à rappeler que les participants avaient le droit de manifester, mais que ce droit n’était pas sans limites.

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