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Attentat à Québec : « Il y a un sentiment d’impuissance », raconte un blessé

Saïd Akjour, un des blessés dans l'attentat au Centre culturel islamique dimanche, raconte l'horreur et le sentiment d'impuissance vécus tandis que des confrères tombaient sous les balles du tueur.

M. Akjour était dans la grande mosquée de Québec quand des coups de feu ont retenti à l’extérieur puis quelques instants plus tard, à l’intérieur où il se trouvait en compagnie de plusieurs autres fidèles venus comme lui pour la prière.

« J’ai l’habitude d’aller parfois à la prière de nuit, parce que dans la prière de nuit, l’imam récite à haute voix et c’est un imam qui a une belle voix », évoque d’abord M. Akjour, décrivant l’atmosphère paisible des soirs de prière.

La prière venait de prendre fin lorsque la soirée a basculé. Un homme armé s’est dirigé vers les fidèles qui étaient restés en petits groupes pour discuter.

Frôler la mort

Saïd Akjour a eu le temps de se diriger vers une colonne tandis que d’autres allaient se cacher derrière le Minbar, où l’imam prononce la prière. Non loin du tireur, Saïd Akjour est alors persuadé qu’il va mourir.

« Je ne pouvais pas aller dans sa direction, il avait plus d’espace pour m’achever, c’était clair, alors j’avais le choix soit de mourir à la place où j’étais ou de mourir avec mes frères à trois mètres. Alors j’ai décidé d’aller mourir avec les autres », raconte-t-il par bribes, entrecoupées de silences.

C’est lors de sa course pour les rejoindre qu’il a reçu une balle dans l’épaule. M. Akjour, qui est resté conscient durant les événements, a pu voir le tueur, qui dit-il, a agi sans prononcer un mot.

« Il ne criait pas, vraiment il faisait ça, c’est comme s’il jouait un jeu de vidéo, avec un sang froid. »

Geste héroïque

Le blessé a aussi été témoin de l’acte héroïque d’Azzeddine Soufiane, mort en voulant arrêter le tireur.

Je l’ai vu de mes propres yeux, ce qu’il a fait, c’est comme si dans sa tête, il voulait que ça arrête, il a vu l’ampleur des dégâts, mais il a reçu beaucoup de balles...

Saïd Akjour décrivant le geste d'Azzedine Soufiane

« C’est le lendemain que j’ai réalisé mon impuissance suite à l’événement, que j’ai pas pu les sauver, de voir l’image de mes frères… que Dieu ait leur âme. »

L’homme de 44 ans a passé une nuit à l’hôpital où il a été opéré pour retirer la balle qui était logée dans son épaule. De retour chez lui, il prie pour ses confrères morts et ceux encore hospitalisés.

S’il affirme qu’il retournera à la mosquée pour chercher la sérénité, ce citoyen canadien d’origine marocaine espère que la société pourra aussi retrouver le sentiment de paix qui a toujours habité le pays d’adoption qu’il connaît.

« Ce que je souhaite, c’est que le Québec, le Canada soit un pays de paix comme il l’était, qu’il reste un pays uni sans attentat terroriste. »

Mamadou Tanou Barry, âgé de 42 ans, Abdelkrim Hassane, âgé de 41 ans, Khaled Belkacemi, âgé de 60 ans, Aboubaker Thabti, âgé de 44 ans, Azzeddine Soufiane, âgé de 57 ans et Ibrahima Barry, âgé de 39 ans ont perdu la vie dans la fusillade. L'attentat a aussi fait cinq blessés graves, dont deux sont toujours dans un état critique.

Un texte de Véronica Lê-Huu d'après les propos recueillis par Marika Wheeler

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