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Attentat de Québec : « le terrorisme n’a pas de couleur, de religion, de nationalité »

L'aréna Maurice-Richard a accueilli des milliers de personnes, jeudi, pour les funérailles de trois des six victimes de la tuerie perpétrée à la grande mosquée de Québec. La population était conviée à rendre un dernier hommage à Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi et Aboubaker Thabti lors d'une cérémonie qui s'est déroulée selon le rite funéraire musulman.

La cérémonie devait débuter à 13 h, mais déjà, vers 11 h 30, de nombreuses personnes étaient rassemblées à l'aréna pour rendre hommage aux victimes. Des dignitaires sont par la suite arrivés sur les lieux, les uns après les autres.

Parmi eux, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, le premier ministre québécois, Philippe Couillard, et les chefs des partis d'opposition, Jean-François Lisée et François Legault. Le député de Québec solidaire Amir Khadir, le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, ainsi que les maires de Montréal et de Québec, Denis Coderre et Régis Labeaume, sont également venus se recueillir.

Tous ont transmis le même message, qui a été répété tout au long de la cérémonie : solidarité, unité et compassion.

« Cette violence, plus jamais, plus jamais chez nous », s'est exclamé Philippe Couillard, qui a réitéré aux membres de la communauté musulmane qu'ils étaient chez eux au Québec.

« Lorsque l'un d'entre vous souffre, nous souffrons aussi », a lancé le premier ministre du Québec, dont les propos étaient suivis d'applaudissements nourris.

Les mots prononcés, les mots écrits ne sont pas anodins. À nous de les formuler, à nous de les choisir, car ces mots peuvent unir, peuvent guérir ou peuvent trancher, blesser.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

C'est le pays tout entier qui avait été ébranlé par « cette attaque brutale et haineuse », a déclaré pour sa part le premier ministre fédéral. « Dans ces moments sombres, ce pays, notre pays, s'est montré solidaire envers une communauté dont la solidarité et la force sont inébranlables, malgré les atrocités qui l'ont si injustement affligée », a dit Justin Trudeau.

C’est le moment pour tous les Québécois, tous les Canadiens, d’être unis en deuil, […] de repousser l’intolérance, mais surtout d’être là pour les familles et une communauté qui a énormément de peine aujourd’hui.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, à son arrivée

Visiblement ému, le maire de Québec a indiqué que « cette tragédie ne doit pas nous aveugler ni obscurcir notre regard sur ce qu'il y a de beau et de bon et qui les avait convaincus de venir s'établir chez nous ».

« Que leur sacrifice soit le ferment d'un nouvel espoir pour nous tous », a affirmé Régis Labeaume.

Le maire de Montréal a livré lui aussi un discours passionné, insistant sur les notions de fraternité, de tolérance et de solidarité.

« Nous sommes tous des frères et des soeurs. Nous sommes tous en deuil », a affirmé Denis Coderre.

Profitons de la journée d'aujourd'hui pour faire notre propre examen de conscience.

Le maire de Montréal, Denis Coderre

« Ce n'est pas nous, les terroristes »

« J’espère que cet événement sera un rappel pour nous tous que la violence n’est pas une solution », a renchéri le président du Conseil des imams du Québec, Saïd Fawaz.

Ce n'est pas nous, les terroristes. Nous, on pratique l'islam qu'on utilise tous les jours, avec lequel on éduque nos enfants, avec lequel on vous côtoie, avec lequel on est une seule main pour bâtir ce pays.

Mohamed Yangui, président du Centre culturel islamique de Québec

Des imams ont également pris la parole, dénonçant notamment le terrorisme et encourageant tout un chacun à ne pas se refermer sur soi après cet événement, mais à tendre la main à l'autre.

« Nous avons vu que le terrorisme n’a pas de couleur, de religion, de nationalité », a dit le cheik Moujib Arrahman.

« Notre messager Mohammed […] disait : "si l’un d’entre vous musulmans fait injustice à un non-musulman, c’est moi-même, dit le prophète, qui prendrai justice le jour du jugement à côté du non-musulman et contre le musulman" », a déclaré pour sa part le cheik Mahdi Tarkawi.

La voie est dans le partage, l’agir-ensemble, l’au-delà de ce qui fait nos particularités.

Cheik Mahdi Tarkawi

Pour Saïd Fawaz, président du Conseil des imams du Québec, la tuerie de Québec « démontre une certaine peur envers notre communauté ».

« Nous vivons dans une communauté de plus en plus multiculturelle et mixte. On ne peut se refermer sur nous-mêmes comme le fait notre voisin du sud. On ne doit pas avoir peur de l'autre. L'autre se trouve à être un voisin, un confrère de travail ou même un beau-frère. Il faut apprendre à se respecter les uns les autres malgré nos différences », a-t-il observé.

Lors d'un point de presse tenu après la cérémonie en compagnie du maire Coderre, la porte-parole de la Fédération des Canadiens musulmans, Aziza Blili, et un représentant du Centre islamique Badr, Marouan Hamdi, se sont dits touchés par la compassion qu'ont démontrée les Canadiens et ont tenu à les remercier.

« Un message à la communauté internationale: ''voilà à quoi ressemble le Canada''. […] Au Canada, au Québec, tous ensemble, les musulmans et non-musulmans, voilà comment nous vivons ensemble. Nous vivons [...] en harmonie », a ajouté M. Hamdi.

Nous aimons le Québec et le Canada. Nous voulons être aimés du Québec et du Canada. L'amour, c'est dans les deux sens.

Aziza Blili, porte-parole de la Fédération des Canadiens musulmans

Après les nombreux discours, la foule s'est placée en rangs pour effectuer la prière funéraire.

Tous ont ensuite récité silencieusement le premier chapitre du Coran, clamant à certains moments « Allah akbar », soit « Allah est le plus grand » en arabe.

La prière a duré quelques minutes, puis l'imam a adressé une courte invocation, demandant notamment la miséricorde d'Allah.

Puis, lentement, l'aréna s'est vidé, alors que certains musulmans continuaient de prier, sans bruit.

Les corps ont été exposés en chapelle ardente jusqu'à 16 h pour permettre à ceux qui n'ont pu assister à la cérémonie de rendre un dernier hommage aux victimes.

Les victimes

Abdelkrim Hassane, 41 ans, avait trois filles âgées de 10 ans, 8 ans et 15 mois. Arrivé au Québec en provenance de l'Algérie en 2010, il travaillait comme analyste-programmeur pour le gouvernement du Québec.

Khaled Belkacemi, 60 ans, était professeur en génie alimentaire à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval et chercheur affilié à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels. Également d'origine algérienne, il était père de deux enfants aujourd'hui adultes.

Le Tunisien Aboubaker Thabti, 44 ans, était quant à lui père de deux enfants de 3 et 11 ans. Il résidait à Québec depuis 2011 et travaillait comme chef d'équipe chez Exceldor.

Les dépouilles de trois hommes seront transportées dans leur pays d'origine, où ils seront enterrés.

Le consulat algérien à Montréal assumera les coûts de transport de ses deux ressortissants. L'inhumation de M. Belkacemi aura lieu à El-Harrach; celle de M. Hassane aura lieu à Staoueli.

Les funérailles des trois autres victimes de la tuerie - Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry et Azzeddine Soufiane - auront lieu vendredi, au Centre des congrès de Québec.

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