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Attentat de Québec : vivre son deuil à des milliers de kilomètres

Abdelkrim Hassane est tombé sous les balles d'un tireur avec cinq autres pères de famille à la grande mosquée de Québec, le 29 janvier 2017. Comme toutes les victimes, il a laissé dans le deuil des proches au Québec, mais aussi à l'étranger. De Paris, Kader Hassane a encore du mal à réaliser la disparition brutale de son frère.

Un texte de Cathy Senay

« C’est le plus jeune de la famille, et un grand frère a toujours ce sentiment-là et ce devoir de protéger son frère. Mais malheureusement, on ne peut rien faire », confie Kader Hassane de Paris, où il habite depuis 2007.

Le regard triste et fuyant, Kader Hassane admet ne pas être parvenu à accepter la mort de ce petit frère qu’il appelait affectueusement “Karim”.

« Si j’ai accepté de parler aujourd’hui, c’est pour qu’on n’oublie pas. Pour que les gens n’oublient pas », précise-t-il. Kader raconte que son quotidien est marqué par le chagrin et les souffrances depuis un an.

De l’étranger, la douleur ressentie est encore plus grande en raison de la distance, souligne Kader Hassane. Les deux frères ont eu un parcours similaire. Ils ont grandi ensemble et ont étudié l’informatique à Alger, en Algérie.

Kader est parti pour Montréal au début des années 2000. Il a ensuite quitté la métropole pour s’installer à Paris.

Abdelkrim, lui, a traversé l’Atlantique quelques années plus tard. Il a choisi d’habiter à Québec après avoir obtenu un poste dans la fonction publique provinciale.

En 2016, les frères se sont mutuellement rendus visite à Québec et à Paris. Ils voulaient rattraper le temps perdu.

Kader affirme ne pas comprendre comment un attentat a pu se produire dans un lieu de culte au Canada, et à Québec, de surcroît: « Une terre de tolérance. À Québec, une ville qui était réputée calme et tranquille. »

Un climat tendu

Quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris qui ont fait 130 morts et 350 blessés, Kader raconte que son frère lui avait confié certaines inquiétudes sur l’ambiance qui régnait au Québec à ce moment.

Kader relate un de leurs échanges où il mentionnait que « le climat était très tendu » en France après les attentats. Abdelkrim lui a alors répondu: « Ici aussi, ça change ». Je voulais lui parler des débats politiques, des médias, et il m’a répondu : « Les médias ici, Kader, c'est pire ».

Abdelkrim a partagé ses pensées avec son grand frère alors que l’arrivée de 25 000 réfugiés syriens au pays suscitait un débat à travers la province, dont Québec.

Un procès attendu

Au lendemain de l’attentat en 2017, Kader Hassane était venu au Québec. Il ne viendra pas cette fois pour la commémoration du 1er anniversaire de la tragédie, de crainte de raviver des blessures.

Il a cependant de grandes attentes face au procès de l'accusé, Alexandre Bissonnette, qui s’amorcera à la fin mars. Kader Hassane n’a qu’un souhait : que la justice fasse son travail jusqu’au bout. « J'espère qu'on ne tuera pas une deuxième fois les victimes », dit-il.

Il dit souhaiter, d’une certaine façon, que le verdict rendu soit à la hauteur de son chagrin.

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