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Auger-Aliassime passe chez les professionnels

Félix Auger-Aliassime, vainqueur chez les garçons des Internationaux de tennis des États-Unis, a disputé son dernier tournoi junior. Le Québécois de 16 ans intégrera les circuits professionnels dès l'automne.

« On est rendu là, laisse tomber sans détour le vice-président au développement de l'élite chez Tennis Canada, Louis Borfiga. Avec l'expérience que j'ai, quand un joueur junior de l'âge de Félix gagne de grands tournois, si on le remet sur les épreuves juniors souvent il ne gagne plus et il perd sa confiance. »

Pas question d'en arriver là avec Auger-Aliassime. Il s'agit d'éviter les écueils pour assurer l'épanouissement de l'adolescent de 16 ans.

Le tennis professionnel, d'accord, mais sans brûler les étapes.

« On parle de tournois Futures (3e division professionnelle). Quand il nous aura prouvé qu'il gagne des tournois Futures, il jouera des Challengers (2e division). Mais en aucun cas, on ne le mettra sur les gros tournois, il ne faut pas s'y attendre, tant qu'il ne nous aura pas prouvé, par son niveau, qu'il peut les jouer », nuance Borfiga.

Déjà, outre sa conquête d'un titre grand chelem junior, une grande réussite en soi a ajouté Louis Borfiga, Auger-Aliassime a laissé une bonne impression à ses premières armes sur le circuit professionnel. Il a atteint la finale d'un tournoi mineur en Espagne plus tôt cette année, « bon, un des plus petits, mais c'est déjà un bel exploit ».

Des projets, des attentes et des pièges

« On est très content qu'il ait gagné évidemment. Mais on veut aussi passer le message qu'il a gagné un tournoi junior, il n'a pas gagné le grand chelem senior donc restons raisonnables. »

Les objectifs de Borfiga, de Tennis Canada et d'Auger-Aliassime lui-même sont clairs : devenir l'un des meilleurs joueurs de tennis au monde, gagner un tournoi du grand chelem senior.

En gros, ne nous emballons pas avec du « stuff de junior » comme avait dit, il y a de cela longtemps, l'entraîneur de hockey Michel Bergeron.

« On veut lui faire comprendre que la route est encore longue pour atteindre ses objectifs. (...) Ce qu'on veut ce n'est surtout pas qu'il prenne la grosse tête. Mais je suis tranquille, ce n'est pas le cas puisqu'il a bien la tête sur les épaules », raconte le vice-président.

Déjà, on se l'arrache sur le circuit de l'ATP. Tennis Canada confirme avoir reçu « plusieurs offres de laissez-passer (wild card) » qui aurait ouvert les portes au Québécois à de gros tournois en Amérique du Sud principalement.

« On a dit non à toutes les demandes jusqu'à présent parce que, encore une fois, on veut faire les choses dans le bon ordre, insiste Borfiga. C'est un piège ça. Il va jouer et perdre au premier tour et encore perdre au premier tour. C'est bon pour la frime. »

Quand les parents font la différence

Félix, « c'est un garçon extrêmement facile qui comprend bien les choses ». Et la clé du succès selon Louis Borfiga, il a « des parents exceptionnels ».

« Ils sont exceptionnels, explique-t-il, parce qu'ils ne se mêlent pas de tennis. Ils laissent l'entraîneur travailler. Voilà pour moi des parents exceptionnels. J'ai un grand respect pour ça. »

« Ils me rappellent certains parents que j'avais en France, enchaîne-t-il. Les parents de Gaël (Monfils), de Jo-Wilfried (Tsonga), de Mahut (Nicolas), de Benneteau (Julien), qui m'appelaient une fois par an pour me dire merci beaucoup pour ce que vous faites, mais ils ne m'ont jamais parlé une fois de tennis. Et là, oh surprise, les parents de Félix sont exactement comme ça. Ils ont bien compris qu'il faut laisser au technicien le soin de travailler la technique et le tennis. »

Voilà exactement 10 ans que le centre national d'entraînement de Tennis Canada tourne à plein régime à Montréal. Le succès de cette méthode n'a pas tardé à se faire sentir, mais le voici plus réel, plus tangible que jamais avec les prestations d'Auger-Aliassime, mais aussi de Bianca Andreescu, récente demi-finaliste au tournoi junior à New York, et Denis Shapovalov, vainqueur du même volet à Wimbledon plus tôt cet été.

Après une décennie, les dirigeants de la fédération assurent qu'ils se tiennent exactement où ils voulaient être.

« Le tennis canadien est en plein essor. C'est ce qu'on recherchait au départ, une émulation entre nos jeunes, qu'il y ait une compétition entre eux et qu'ils se tirent vers le haut. On est un peu le pays dont on parle sur le circuit international », ajoute Borfiga.

« Nos amis étrangers nous demandent, mais qu'est-ce que vous faites, quelle est votre potion magique », s'amuse-t-il.

Mais pour Auger-Aliassime pas de temps pour la rigolade. Avant de s'envoler pour la Hongrie mercredi, il retourne sur les bancs d'école dès lundi après-midi.

(Avec la collaboration de Diane Sauvé)

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