La jeune maison d'édition de Québec, Berber 13-13, n'aura finalement pas survécu au scandale Juste pour rire.

Un texte d'Anne-Josée Cameron

« Tenir une maison d'édition à bout de bras pendant 5 ans tient de la logique du guerrier », affirme Jean-Philippe Bergeron, l'un des cofondateurs de Berber 13-13.

L'éditeur sait de quoi il parle puisque les succès et les revers n'ont pas épargné son entreprise au cours des dernières années.

Le dernier coup du sort aura eu pour nom Victor. Il s'agit du titre qu'ils ont publié pour le groupe de Gilbert Rozon en juillet dernier.

Épuisé par le scandale Rozon, le manque d'argent et les soucis, Berber 13-13 a déclarer faillite le 7 mai dernier.

Pourtant, tout avait si bien commencé.

Bande dessinée de genre

Il y a 5 ans, trois passionnés de bande dessinée fantastique lançaient leur premier album, Bulle, et faisaient leurs premiers pas dans le monde de l'édition.

Publiée à compte d'auteur, cette bande dessinée allait devenir la pierre d'assise sur laquelle s'édifierait la maison d'édition BerBer 13-13, nommée ainsi en l'honneur des deux fondateurs, Damien Berger et Jean-Philippe Bergeron.

Déterminée et enthousiaste, la petite équipe de Berber 13-13 se lance dans le monde de l'édition, et du même coup de l'entreprenariat. Damien Berger et Jean-Philippe Bergeron partagent leur temps entre leur métier, qui leur permet de vivre, et la maison d'édition, qui demande temps et argent. Qu'à cela ne tienne, les scénaristes devenus éditeurs y croient.

« Nous, on est des scénaristes. À l'origine, on avait présenté Bulle à des maisons de production et non à des maisons d'édition se souvient Jean-Philippe Bergeron. Ensuite, on a rencontré Marie Lamonde-Simard et c'est devenu une BD, puis une petite maison d'édition. »

Peu à peu, Berber 13-13 se taille une place dans le milieu de la bande dessinée de genre. Les projets s'enchaînent à force de débrouillardise et de passion. La jeune maison d'édition acquiert même les droits de la série Grande Ourse.

Juste pour rire

Au même moment, la petite entreprise du quartier Saint-Sauveur est approchée par Juste pour rire pour un projet inespéré.

En mai 2015, le groupe de Gilbert Rozon veut donner un nom et un univers magique à sa mascotte Victor, à l'occasion de son 35e anniversaire, qui sera célébré en 2017.

Le projet s'inscrit parfaitement dans la mission qu'ils se sont donnée, soit enraciner le fantastique dans la réalité québécoise. Juste pour rire leur donne carte blanche.

« On ne pouvait pas dire non, soutient Jean-Philippe Bergeron. À l'époque, c'était la bonne décision. On aurait été niaiseux de ne pas le faire. Il y avait des gens qui nous avait dit: « " Faites attention, c'est une grosse entreprise!" Mais comme il nous avait donné carte blanche... »

Ce contrat avec Juste pour rire va leur faire découvrir les réalités parfois cruelles du monde des affaires.

« Dans les négociations, le fait que c'est une grosse machine, ils te le font savoir assez vite. Là, on a eu un choc de valeurs. Mettons que la carte blanche était bien différente de ce qu'on imaginait. »

Scandale

La bande dessinée Victor est lancée en grande pompe en juillet 2017 et devient invendable trois mois plus tard lorsque tombent les allégations pour inconduites sexuelles à l'égard du fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon.

Berber 13-13 se retrouvent avec 2000 copies invendues, eux qui ont payé tous les frais d'édition..

« On a fini par régler en janvier 2018, mais pour une somme dérisoire. On avait tellement peur de rien avoir que finalement on a demandé une somme ridicule, réfléchit à voix haute l'éditeur de Québec. On avait perdu de l'argent, trop pour une petite entreprise comme la nôtre », résume-t-il.

Le 7 mai dernier, Berber 13-13 a officiellement fait faillite avec une dette d'un peu plus de 50 000$.

« Après avoir vécu beaucoup de tristesse, on a réalisé qu'on avait appris énormément », ajoute-t-il avec conviction.

Tous nos artistes ont retrouvé leurs droits et, nous, on conserve les droits sur Bulle, le projet qui a été à l'origine de tout. On espère bien un jour publier le dernier tome de la saga. » .

D'ici là, Jean -Philippe Bergeron et Damien Berger vont prendre une pause, célébrer 20 ans d'amitié et fêter leur quarantième anniversaire, conscient ou pas, qu'en quelques années ils ont fait beaucoup pour la bande dessinée de genre au Québec.

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