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Cancer : 40 % des patients opérés hors délai à Québec

Des patients atteints du cancer dans la région de Québec doivent attendre trop longtemps avant d'être opérés. Les données du ministère de la Santé révèlent qu'à la mi-février, 4 patients sur 10 en attente d'une chirurgie oncologique étaient hors des délais prescrits.

Un texte d'Alexandre Duval

La cible du gouvernement du Québec prévoit que les chirurgies oncologiques doivent être réalisées à l'intérieur de 28 jours. Dans la Capitale-Nationale, 544 patients sont en attente d'une telle opération. La cible n'est pas respectée pour 218 d'entre eux, soit 40 %. Dans Chaudières-Appalaches, le délai n'est pas respecté pour 21 % des patients.

« Ça peut avoir un impact direct sur la santé du patient, sur ses chances de survie ou de rémission », estime Nathalie Rodrigue, présidente de la Coalition priorité cancer au Québec. Selon elle, ces délais ne sont que la pointe de l'iceberg.

« Ces délais-là ne tiennent pas compte du délai que le patient a pu attendre pour rencontrer un médecin, pour rencontrer un médecin spécialiste, pour recevoir des prescriptions pour des analyses de laboratoire et pour recevoir ces résultats-là afin que le médecin puisse faire un diagnostic », mentionne Mme Rodrigue.

« C'est un constat où il y a un échec, dit François Paradis, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de santé. Dans ce dossier-là, spécifiquement, en oncologie, on doit viser la performance totale. On devrait être au-delà de la cible du ministère. »

Pour régler le problème, François Paradis estime que le réseau de la santé devrait établir des partenariats avec des cliniques privées, sans que le patient n'ait à débourser un seul sou.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, estime toutefois que cette solution est difficilement applicable. « Quand on arrive à ce niveau de complexité-là, on arrive aussi à un niveau de risque pour le patient qui exige une structure hospitalière complète. »

Il soutient avoir récemment demandé au réseau de la santé de porter une attention particulière à la gestion des listes d'attente. 

Par ailleurs, Gaétan Barrette estime que le portrait offert par les données du ministère est incomplet puisque des éléments incontrôlables peuvent retarder une chirurgie oncologique. « Un patient qui a une pneumonie [...] ne sera pas opéré dans les 28 jours tant que sa pneumonie ne sera pas guérie. »

Les cas les plus graves sont prioritaires

Le CHU de Québec soutient que les cas les plus graves sont toujours traités en priorité. « Les médecins évaluent les patients en fonction de leur état de santé et du type de cancer [qu'ils ont] », explique Pascale Saint-Pierre, porte-parole du CHU de Québec. 

Le CHU rappelle que son Plan clinique en chirurgie a été actualisé en janvier dernier. Concrètement, les hôpitaux de Québec sont de plus en plus spécialisés, ce qui doit leur permettre de gagner en efficacité. Force est toutefois d'admettre que les délais en oncologie peuvent encore s'améliorer.

D'autres délais non respectés

L'oncologie n'est pas la seule spécialité où les cibles gouvernementales peinent à être respectées. Pour les chirurgies du genou et de la hanche, par exemple, le gouvernement s'est donné pour objectif que 90 % des patients soient opérés à l'intérieur de 6 mois.

Or, en date du 14 février dans la Capitale-Nationale, on n'y parvenait que dans 70 % des cas pour le genou et 66 % pour la hanche. Dans Chaudières-Appalaches, les pourcentages étaient plutôt de 69 % pour le genou et 78 % pour la hanche.

Même si les hôpitaux visent une diminution des temps d'attente, la pente risque d'être difficile à remonter à court terme. « Avec la population vieillissante, les hanches, les genoux, ce sont des problématiques qui sont en augmentation », souligne Lucie Grenier.

« Ce sont des chirurgies qui demandent des fois à être hospitalisé deux, trois, quatre jours ou des fois plus selon les complications. On ne pourrait pas opérer que de l'orthopédie tous les jours parce qu'un moment donné, c'est vrai qu'on manquerait de lits », explique Marco Bélanger, directeur adjoint à la direction des services professionnels au programme chirurgie du CISSS de Chaudières-Appalaches.

Des améliorations notables

Mais tout n'est pas noir concernant les délais d'attente pour des interventions chirurgicales dans la région de Québec. Toutes chirurgies confondues, le CHU de Québec réalise 93 % de ses interventions à l'intérieur de la cible de 6 mois. Au CISSS de Chaudières-Appalaches, c'est plutôt 95 %.

Le CHU de Québec est aussi parvenu à diminuer largement sa liste de patients en attente d'une chirurgie depuis plus de 12 mois. En octobre 2013, la liste comptait 1175 noms, alors qu'en décembre 2015, elle n'en comptait plus que 461.

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