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Cancers à Shannon : des conclusions difficiles à tirer

Une vaste étude dirigée par la direction de la santé publique conclut que les cas de cancers en général ne sont pas plus nombreux à Shannon qu'ailleurs dans la province. Ceux du foie et des voies biliaires y sont toutefois plus fréquents, mais la Santé publique ne peut établir de lien avec la contamination au trichloréthylène (TCE).

Un texte de Jonathan Lavoie

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale a mené une étude sur une cohorte de 17 397 personnes ayant habité à Shannon entre le 1er janvier 1987 et le 28 février 2001, moment où l'exposition à l'eau contaminée a pris fin.

Dix de ces personnes ont développé un cancer du foie ou des voies biliaires entre 1987 et 2010, soit deux fois plus que ce qui est observé dans l'ensemble du Québec pour une population semblable.

Le directeur de la santé publique du CIUSSS, François Desbiens, renonce toutefois à réaliser une étude pour déterminer la cause de cet excès de cancers.

« Il est impossible d'effectuer une étude dont les résultats seraient scientifiquement valides », explique François Desbiens.

Certains membres du comité d'experts qui a évalué le rapport suggéraient néanmoins de réaliser de nouvelles études pour déterminer la cause des cancers répertoriés.

Le rapport final et les analyses seront donc soumis à des experts américains aux Centers for Disease Control and Prevention(CDC). Ces experts auront le mandat d'évaluer deux aspects. Ils devront d'abord se pencher sur la rigueur du rapport du CIUSSS. Le CDC devra aussi déterminer la pertinence de réaliser des études additionnelles pour déterminer si le TCE est responsable, ou non, de certains cancers à Shannon.

Autres types de cancers

Le CIUSSS s'est aussi penché sur trois autres types de cancers : le cancer du rein, le cancer du cerveau et le lymphome non hodgkinien. Pour ces autres types de cancers, l'étude conclut qu'ils ne sont pas plus nombreux à Shannon qu'ailleurs au Québec.

La Santé publique arrive à la même conclusion lorsqu'elle regarde l'ensemble des cancers répertoriés à Shannon entre 1987 et 2010.

Cette étude a été lancée en 2010, lorsque le Regroupement des citoyens de Shannon a dénonçait un nombre anormalement élevé de cancers du cerveau chez ceux ayant habité dans la municipalité avant 2001.

« Je ne suis plus préoccupé par les cancers du cerveau à Shannon », déclare François Desbiens à la lumière des résultats dévoilés aujourd'hui.

« Gaspillage » selon le Regroupement de citoyens

Le Regroupement de citoyens de Shannon est amèrement déçu par les conclusions de l'étude. « Pour nous, c'est comme gaspiller du temps, de l'argent, et faire croire qu'on étudie sérieusement l'effet de la contamination au TCE à Shannon », dénonce Marie-Claude Spieser.

La présidente du Regroupement s'appuie en partie sur un des experts du comité-conseil au coeur du rapport.

Le toxicologue Claude Tremblay arrive à des conclusions radicalement différentes de celles publiées par la Santé publique. Selon son analyse des données, qui a fait les manchettes en février, les cas de cancer dans certains secteurs de Shannon sont 3,5 fois plus nombreux que la norme.

« On n'a pas besoin de connaître la quantité de TCE du moment qu'ils [les résidents] ont été exposés », clame Marie-Claude Spieser.

Le Regroupement de citoyens, qui a intenté un recours collectif, poursuit ses démarches devant la Cour d'appel.

À lire aussi : TCE à Shannon : les citoyens souhaitent déposer une nouvelle preuve

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