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Cannabis au volant : inquiétudes chez des consommateurs

Le nouveau projet de loi sur la légalisation du cannabis soulève des inquiétudes chez des consommateurs de marijuana à des fins thérapeutiques qui craignent de ne plus pouvoir conduire leur automobile.

Un texte de Maxime Corneau

Actuellement, le taux de facultés affaiblies par la drogue est déterminé par un policier évaluateur qui constate l’infraction criminelle par des tests physiques, ce qui est généralement reconnu par les tribunaux.

Or, avec le projet de loi sur le cannabis, la notion de facultés affaiblies sera déterminée par un échantillon de salive qui établira le nombre de nanogrammes de THC, la molécule psychotrope du cannabis, par millilitre de sang (ng/ml). Selon le projet de loi, un conducteur avec 2 ng/ml dans le sang commettrait une infraction criminelle.

Une fois un dépassement constaté chez un automobiliste, le projet de loi indique que les policiers « pourraient » demander l'aide d'un agent évaluateur ou encore avoir recours à un test sanguin.

Léon Vachon, un résident de Notre-Dame-des-Pins de 57 ans, consomme légalement 10 grammes de cannabis par jour pour apaiser ses douleurs chroniques. Avec une telle consommation, il craint de ne plus pouvoir conduire en vertu des nouvelles règles.

« À la quantité que je fume, j’en ai tout le temps dans le sang. Aussitôt que je vais me faire arrêter et que je vais passer un test, c’est certain que ça ne passera pas », peste le Beauceron.

M. Vachon cesse de consommer quelques heures avant de partir travailler, ce qui lui permet de prendre le volant de façon « sécuritaire », estime-t-il. Mais ces nouvelles notions de nanogrammes dans le sang lui font craindre le pire.

« Une grande inquiétude »

Régis Gaudet est consultant au Centre de ressources en cannabis de Québec, une entreprise qui aide les patients à obtenir une ordonnance pour de la marijuana médicinale. Il estime lui aussi que les nouvelles normes proposées auront un impact sur les consommateurs de cannabis à des fins thérapeutiques.

« Dans la littérature, ce dont on se rend compte, c’est qu’il peut y avoir des traces jusqu’à 10 heures suivant la consommation », lance-t-il. Selon lui, rien ne permet de rassurer les utilisateurs thérapeutiques sur leur capacité à prendre le volant ou non.

Il espère maintenant que les débats en Chambre avant l’adoption de la loi permettront aux patients d’obtenir plus d’informations afin d'éliminer les zones grises.

Des craintes fondées?

L’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) a publié en 2015 le document intitulé L’effet du cannabis sur la conduite automobile afin de faire le point sur les connaissances actuelles.

Le document cite des études selon lesquelles les personnes qui consomment fréquemment du cannabis pourraient présenter des taux sanguins de THC élevés plusieurs heures après l’inhalation.

« Des concentrations salivaires de plus de 1000 ng/ml de THC ont été détectées chez les sujets ayant fumé du cannabis dans les 2 heures […] Ces concentrations ont diminué rapidement en dessous de 50 ng/ml après 6 heures et en dessous de 10 ng/ml après une journée », peut-on lire dans le document de l’INSPQ, signé par les chercheurs Pierre-André Dubé et Marisa Douville.

Ces résultats indiquent que des individus avec une forte consommation quotidienne de marijuana pourraient présenter des taux illégaux, même après plusieurs heures de sobriété.

Le Dr Claude Rouillard a collaboré à la publication à titre de réviseur scientifique. Il estime que les craintes évoquées par certains consommateurs de marijuana thérapeutique pourraient bien s’avérer fondées.

« Est-ce qu’il est possible que l’on mesure un niveau qui est tout simplement constant dans leur organisme parce qu’ils sont des consommateurs chroniques? C’est une possibilité qui existe », estime le professeur titulaire au Département de psychiatrie et neurosciences à l’Université Laval.

Selon lui, le même genre de situation pourrait se présenter pour un individu qui consommerait une forte quantité de cannabis lors d’une soirée, et qui subirait un test salivaire le lendemain matin.

La solution, selon le Dr Rouillard, réside dans la confirmation des résultats des tests salivaires par des policiers formés pour détecter les effets comportementaux des drogues ou encore des tests sanguins.

Selon le calendrier prévu par le gouvernement Trudeau, le projet de loi sur le cannabis devrait être adopté d’ici juillet 2018.

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