Retour

Charles Philibert-Thiboutot à la chasse aux records, 63 ans plus tard

BILLET - Le coureur Charles Philibert-Thiboutot, de Québec, s'attaquera en fin de semaine au record canadien du mile (1609 m), en salle. C'est pointu comme objectif. Et ça ne risque pas de vous détourner de votre intérêt pour la composition du troisième trio chez le Canadien. Mais c'est presque un passage obligé pour un athlète qui vit dans les coulisses de l'histoire.

Le mile

Charles est le meilleur coureur canadien sur 1500 m. Le mile est une distance qui s’en approche, mais qui n’a plus cours dans les grandes compétitions internationales.

Pourquoi le courir, alors? Parce qu’il est mythique pour les coureurs de demi-fond.

Bannister

En 1954, le Britannique Roger Bannister est devenu le premier homme à courir le mile en deçà de 4 minutes. Le monde de l’athlétisme avait salué sa performance. La presse avait fait écho de l’exploit sur toute la planète. On ne croyait pas la chose possible. Bannister l’a fait.

Il est entré dans l’histoire. La reine Élisabeth II l’a fait chevalier en 1975. Le Royaume-Uni a célébré le cinquantenaire de sa performance en 2004 avec une pièce de monnaie.

Autre époque

Il faut savoir qu’au milieu du siècle dernier, le mile et le 1500 mètres étaient les épreuves par excellence de l’athlétisme. Le 100 mètres a pris cette place depuis. Le Marocain Hicham El Guerrouj a redonné au 1500 un peu de son lustre à la fin des années 1990, mais ce sont les Carl Lewis, Usain Bolt et même Ben Johnson qui ont pris le devant de la scène depuis 30 ans.

Alors pourquoi?

Charles Philibert-Thiboutot participera aux Millrose Games, une compétition d’athlétisme en salle, pour la première fois. On l’avait invité l’an dernier, mais il avait dû renoncer en raison d’une blessure. La compétition existe depuis le début du siècle dernier et le Wannamaker Mile en est la pièce de résistance depuis 1926.

« C’est un honneur d’être invité. Je ne pouvais pas passer à côté », souligne Charles, qui va tenter d’abaisser la marque canadienne de 3 min 54 s 32/100 détenue par Nathan Brannen.

Son record personnel sur la distance est de 3:54,52. C’est à peine deux dixièmes de seconde de différence, mais sa marque a été établie à l’extérieur (Oslo, 2015). À l’intérieur, les coureurs passent la moitié du parcours dans des courbes prononcées. Ça altère la foulée et c’est plutôt un inconvénient qu’un avantage.

Tactique

Au 1500 m, Charles a pris la 16e place aux Jeux olympiques de Rio. Son chrono de 3:40,79 ne lui a pas permis d’atteindre la finale. Les demi-finales ont été courues à un rythme très élevé. La finale a été beaucoup plus tactique.

Le médaillé d’or, l’Américain Matthew Centrowitz l’a emporté en 3:50,00, près de 10 secondes plus lentes que le temps de Charles en demi-finales. Tactiquement, il est convaincu qu’il aurait pu rivaliser avec les autres, d’autant plus qu’il est très fort au sprint final.

Tricherie

Mais s’il y a une stratégie qu’il ne peut contrer, c’est celle des « pharmaciens ». Le dopage est très présent dans sa spécialité.

On a longtemps dit que la finale du 100 m masculin, à Séoul en 1988, avait été la course olympique la plus sale de l’histoire. Ben Johnson avait été disqualifié sur-le-champ. Mais plusieurs de ses rivaux ont ensuite été convaincus de dopage.

Mais il y a peut-être plus sale.

Le 1500 m féminin des Jeux de Londres rivalise désormais avec le 100 m de Séoul. Six des neuf premières à franchir le fil d’arrivée, dont la médaillée d’or Asli Cakir Alptekin, de la Turquie, ont été convaincues de dopage depuis.

Et le CIO ne parvient pas encore à redistribuer les médailles retirées aux tricheuses, parce qu’on en découvre sans cesse une nouvelle.

Charles Philibert-Thiboutot tempère : « Je sais que ma distance est propice au dopage. Mais la situation est beaucoup moins grave chez les hommes parce que la Russie n’y a pas d’athlète dominant. Chez les femmes, il y en avait toujours deux ou trois. Et tout le monde dans le peloton savait qu’elles trichaient et qu’il fallait donc tricher pour lutter à armes égales. »

Une foulée à la fois

À New York samedi, Charles fera un pas de plus, une foulée de plus vers les Jeux de Tokyo. À 26 ans, il est encore jeune dans cette spécialité. Au passage, il tentera d’abaisser une marque canadienne et de faire un clin d’œil à l’histoire.

Et sans pharmacien.

Plus d'articles