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Chasse au caribou : les pourvoiries réclament l'aide des Premières Nations

Les pourvoiries du Nord québécois estiment qu'elles perdront près de 85 % de leurs revenus en raison de la fin de la chasse au caribou le 18 février prochain. Face à ce « mur », elles demandent aux Premières Nations de leur céder des permis pour continuer à chasser sur leur territoire.

Un texte de Maxime Corneau

À la fin 2016, Québec a décidé d'interdire la chasse sportive du caribou migratoire de la rivière aux Feuilles, au Nunavik. Le troupeau ne comptait plus que 199 000 bêtes, une baisse de 54 % par rapport à 2011.

« Les entrepreneurs sont désemparés », déplore Marc Plourde, le président-directeur général de la Fédération des pourvoiries du Québec (FPQ) en parlant des 13 entreprises dont les activités sont directement liées à la chasse au caribou.

L’industrie représentait en 2016 des revenus de près de 8 millions dollars provenant majoritairement de la venue de chasseurs étrangers. Ce même secteur d'activités générait 40 millions de dollars en 1990.

Afin de « sauver l'industrie », la FPQ demande maintenant aux Premières Nations de céder des droits de chasse au caribou aux entreprises. Cette forme de partenariat, appelée « chasse durable » par les pourvoiries n’a jamais été tentée au Québec.

Les communautés crie, inuite et naskapie ont droit, malgré la fin de la chasse sportive, à des « allocations minimum garanties  » qui leur permettent de faire une chasse de subsistance.

Au total, un peu plus de 3000 abattages sont autorisés annuellement aux Premières Nations pour s'adonner à leurs activités traditionnelles.

La Convention de la Baie-James et du Nord québécois qui établit ces allocations minimales permettrait en effet aux Premières Nations, avec l’accord de Québec, de mettre en marché une partie de ces bêtes par le biais des pourvoiries.

Les entrepreneurs souhaiteraient monnayer le droit de chasse de 300 caribous par année afin de maintenir l’industrie en vie à court terme. « C’est de donner un revenu minimal pour permettre à ces entreprises-là de développer d’autres types d’activités », explique Marc Plourde.

La Fédération des pourvoiries du Québec a proposé aux Premières Nations d’acheter le droit de chasse de chaque caribou au coût de 2000 $, une somme qui pourrait être acquittée en argent ou en échange de services. La viande du gibier abattu pourrait même être remise aux membres des communautés autochtones.

Rien n’est conclu

Rejoint au téléphone, Noah Swappie, le chef des Naskapis, s’est dit ouvert à négocier avec les propriétaires de pourvoiries. Il souhaiterait toutefois que la décision soit prise de façon unanime par les Premières Nations.

Il rappelle que plusieurs membres isolés de sa communauté n’ont pas un accès facile au troupeau de caribous et qu’une entente de transport avec les pourvoiries pourrait aider certains chasseurs autochtones à pratiquer leurs activités traditionnelles.

« Si on peut aider les pourvoiries tout en assurant le maintien du troupeau, nous sommes ouverts aux discussions. Mais pour l’instant, ce ne sont que des discussions », a affirmé M. Swappie dans une entrevue en anglais.

Des faillites à venir

Dans ce contexte de décroissance, la Fédération des pourvoiries demande parallèlement au gouvernement du Québec d'investir 20 millions de dollars sur 5 ans afin de permettre aux entreprises toujours opérationnelles dans le Nord de se diversifier.

« Les entreprises sont en mode survie depuis plusieurs années, leurs capacités à réinvestir sont quand même limitées », précise le PDG de la Fédération des pourvoiries du Québec. Selon Marc Plourde, la majorité des entreprises sont au bord de la faillite.

En plus de la diversification économique, l’enveloppe demandée à Québec permettrait notamment le rachat des pourvoiries qui n’ont pas la possibilité de se diversifier, la réhabilitation de dizaines de sites maintenant abandonnés et une compensation financière pour certaines entreprises.

Le cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs a refusé notre demande d'entrevue à ce sujet.

L’accès au Nord québécois en péril?

La Fédération des pourvoiries du Québec estime aussi que le système de transport par hydravions qui dessert présentement le Nord québécois pourrait lui aussi subir les contrecoups de la fin de la chasse.

« En l’absence de la présence de nos hydrobases, il n’y aura plus moyen de se ravitailler en carburant et en services essentiels », soutient Marc Plourde.

L’été dernier, Air Saguenay, la principale entreprise d’hydravion qui dessert le nord, a même dévoilé qu’elle perdrait minimalement 35 % de son chiffre d’affaires avec la fin de la chasse et que l’entreprise devra diminuer certains services.

La Fédération des pourvoiries croit que le maintien d'une activité de chasse permettrait d'assurer un minimum d'offre de transports aériens.

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