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Cigarette : les tenanciers de bars menacent de poursuivre Québec

L'Union des tenanciers de bars du Québec s'oppose au projet de loi 44, qui interdirait la cigarette sur les terrasses des bars et restaurants. Le regroupement menace même de contester cette éventuelle loi en cour.

L'association des tenanciers de bars estime que d'autres solutions sont envisageables plutôt que de recourir à une interdiction complète. « La cohabitation entre les fumeurs et les non-fumeurs se fait sans aucun problème », prétend le président de l'association, Peter Sergakis.

M. Sergakis avance qu'une telle loi se traduirait par une perte de revenus de l'ordre de 37 000 $ par année par établissement.

L'Union des tenanciers de bars propose plutôt de séparer les terrasses en deux sections en incluant un « espace tampon » entre les deux afin d'accommoder tout le monde. « Une terrasse ouverte - sans aucun couvert, à moins qu'il n'y ait des parasols - est zéro danger sur la santé publique pour les clients, pour les non-fumeurs, et pour les employés », avance M. Sergakis.

L'association a retenu les services de scientifiques pour mener des tests sur des terrasses afin de documenter ses propositions. « La situation est gérable, on ne peut pas parler de risque zéro parce que ça n'existe pas sur le plan scientifique, mais en l'occurrence, un peu comme en France, on a statué qu'il y avait des terrasses ouvertes où la fumée était "permissible" et des terrasses fermées, où ce n'était pas "permissible" », a témoigné l'ingénieur Guy Arbour.

La porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, Flory Doucas, soutient pour sa part que toutes les études scientifiques objectives démontrent que les travailleurs sur les terrasses sont exposés à des concentrations élevées de fumée secondaire. « [Les opposants à la loi aujourd'hui] sont les mêmes gens qui s'opposaient à ce qu'on interdise de fumer dans les bars, rappelle Mme Doucas. La catastrophe économique qu'on nous annonçait n'a jamais eu lieu. »

L'association de M. Sergakis déposera son mémoire, jeudi, en commission parlementaire. « Nous voulons être partenaire avec le gouvernement [afin] de trouver des solutions », a expliqué M. Sergakis au cours d'une conférence de presse donnée depuis un de ses quelque 40 établissements.

L'association entend porter sa cause devant les tribunaux si Québec refuse de se rendre à ses arguments.

Renforcer le projet de loi

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac souligne que près de 20 % de la population québécoise fume encore. « Plus de 170 municipalités ont mis de l'avant une motion pour demander au gouvernement de réduire le tabagisme à 10 % en 10 ans », explique Mme Doucas.

L'objectif est réalisable, selon elle, si le gouvernement adopte des mesures audacieuses. L'interdiction de l'aromatisation des produits du tabac, produits très populaires auprès des jeunes, fait partie de ces mesures préconisées par l'organisme. Une mesure qui est déjà prévue au projet de loi.

Le regroupement militera ainsi pour un renforcement du projet de loi, notamment en ce qui concerne les emballages des produits du tabac. « Le projet de loi ne s'attaque pas aux emballages, déplore Mme Doucas, et l'industrie a investi beaucoup [d'argent] pour développer de nouveaux emballages qui réduisent l'efficacité des mises en garde. »

Mme Doucas souhaite que le gouvernement impose un emballage unique et neutre à tous les cigarettiers comme cela se fait en Australie. Seul le nom de la marque, dont la police serait également uniformisée, serait différent d'un emballage à un autre.

« On retire ainsi le pouvoir de créer une identité [autour du produit]. On diminue l'attrait des produits du tabac », explique Mme Doucas.

Mme Doucas souligne que l'Australie a vu une diminution notable du tabagisme à la suite de telles mesures.

Le groupe espère également influencer les élus afin qu'ils étendent les interdictions de fumer aux terrains de jeu pour protéger les jeunes de la fumée secondaire.

Le gouvernement du Québec a déposé, en mai dernier, le projet de loi 44 pour restreindre l'utilisation du tabac et de la cigarette électronique. Le projet de loi interdirait la cigarette électronique dans les établissements et les endroits publics, interdirait de fumer dans un véhicule en présence de mineurs de 16 ans et moins en plus d'étendre l'interdiction de fumer aux terrasses des bars et restaurants.

La ministre Charlebois veut calmer le jeu

À Québec, la ministre déléguée à la Santé publique et responsable du dossier, Lucie Charlebois, a tenu à calmer le jeu. « Il n'y a pas lieu de partir en peur », a-t-elle lancé, avant de réitérer la volonté du gouvernement d'écouter tous les points de vue en commission parlementaire.

La ministre a elle-même rappelé que lorsque le gouvernement avait resserré les dispositions de la loi, il y a quelques années, les bars et restaurants protestaient avec la même énergie, affirmant que « c'était pour fermer ». Elle dit douter aujourd'hui que les terrasses, qui ne sont ouvertes que quelques mois par année, soient aussi affectées que M. Sergakis le laisse entendre.

En commission parlementaire mardi, les propriétaires de salons de chicha ont dit craindre pour la survie de leurs entreprises si l'interdiction de fumer sur les terrasses entre en vigueur. Leur association s'oppose également à l'interdiction du tabac aromatisé, puisque c'est le produit utilisé dans le narguilé, l'autre nom de la chicha.

Plus tard, la ministre a reçu l'appui de la Fédération médicale étudiante du Québec, qui veut même aller un peu plus loin dans les restrictions.

Elle réclame en outre l'interdiction de l'arôme de menthol dans les produits du tabac, l'imposition d'un emballage neutre et standardisé aux compagnies de tabac, l'interdiction de présenter des cigarettes sur toute affiche qui n'est pas issue du gouvernement, et l'interdiction des « cigarettes minces » dont le diamètre est inférieur à 7,5 mm.

L'organisation, qui regroupe les étudiants en médecine, demande également le contrôle et l'inspection des substances contenues dans les cigarettes électroniques. Cette matière est de compétence fédérale, mais la fédération étudiante demande au Québec de militer pour l'exercice de ce contrôle à Ottawa.

Le porte-parole péquiste en matière de services sociaux et de prévention, Jean-François Lisée, n'a pas manqué l'occasion de déplorer l'impuissance du Québec, qui ne dispose pas des pleins pouvoirs en matière de santé et qui doit s'en remettre au fédéral. C'est un autre exemple qui milite en faveur de la souveraineté, selon lui.

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