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Cimetière à Saint-Apollinaire : un rejet « choquant » pour le Centre islamique de Québec

Au lendemain de l'échec du projet de cimetière musulman à Saint-Apollinaire, les dirigeants du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) assurent qu'aucun argument valable ne peut expliquer ce rejet.

« On traîne ce dossier depuis 20 ans, et chaque fois on retire des problèmes de tous genres. On sollicite maintenant l'aide du gouvernement, des municipalités et de tout le monde pour concrétiser ce projet », a réagi Mohamed Labadi, vice-président du CCIQ.

Sur les 36 citoyens de Saint-Apollinaire qui ont voté lors du référendum dimanche, 19 citoyens ont voté contre l'implantation du cimetière musulman. Au total, seulement 49 électeurs domiciliés dans la zone concernée avaient le droit de s'exprimer.

Le responsable du dossier au CCIQ, Mohamed Kesri exprime pour sa part sa totale incompréhension. Il avance que l'entreprise Harmonia a obtenu son permis le 27 juin pour l'aménagement d'un cimetière dans la municipalité de 6000 habitants. Il se demande donc pourquoi un changement de zonage était exigé pour convertir le terrain de 18 000 pieds carrés.

« C'est un référendum orienté pour dire non aux musulmans, et c'est ça qui nous fait mal au coeur. On dit "oui" pour un cimetière, mais pas pour un cimetière pour les musulmans. Mais pourquoi? Donnez-nous une raison! », se questionne Mohamed Kesri.

M. Kesri refuse néanmoins de jeter la pierre aux résidents de la municipalité de Saint-Apollinaire en mentionnant que 80 % d'entre eux étaient derrière le projet, selon un sondage réalisé plus tôt ce printemps. « On est déçu qu'une minorité, une différence de deux voix, vienne dire non à un projet de plusieurs milliers de musulmans à Québec. »

Des pressions de l'extérieur?

Mohamed Labidi va plus loin en insinuant que des entreprises funéraires concurrentes sont intervenues pour faire avorter le projet.

« Ils ont leurs membres, c'est eux qui ont fait du porte-à-porte pour augmenter le camp du non », a avancé M. Labidi, précisant que le projet avec l'entreprise Harmonia est loin d'être définitivement abandonné.

« Je ne lâcherai pas tant que le comité, le conseil d'administration et la communauté musulmane me disent de continuer », a renchéri Mohamed Kesri.

Labeaume déçu

Le maire Régis Labeaume qui avait promis un cimetière à la communauté musulmane dans la foulée de la tragédie à la grande mosquée de Québec, en janvier dernier, s'est aussi désolé qu'une minorité de personnes ait décidé du sort du projet.

« Quarante-neuf personnes qui avaient le droit de vie ou de mort sur un projet qui a un impact sociologique important au Québec. Juste là c'est assez incroyable. Il faut se poser des questions sur notre système de gouvernance » a laissé tomber le maire Labeaume refusant de s'avancer davantage.

Il a ajouté qu'il ne voulait pas blâmer qui que ce soit pour ce refus rappelant du même souffle que la communauté musulmane a désormais à sa disposition une parcelle de terrain dans un cimetière catholique Saint-Augustin-de-Desmaures.

« Pas une victoire », dit une opposante

La porte-parole des opposants au projet, Sunny Létourneau refuse pour sa part de crier victoire. « Quand on est obligé d'en venir à la tenue d'un référendum, c'est qu'on a pas réussi à s'entendre. Je comparerais ça à un divorce », a-t-elle résumé.

L'opposante affirme que plusieurs compromis ont été suggérés depuis cinq mois dans ce dossier, mais que c'est le Centre culturel islamique de Québec qui a fermé la porte.

« On a commencé par offrir un cimetière multiconfessionnel, comme celui de Sherbrooke, ils ont dit non. Ensuite, on a offert une coopérative, ils ont encore fermé la porte. On en est venu à dire que le carré musulman comme à Saint-Augustin était vraiment la solution [...] ils ont refusé ça aussi », déplore-t-elle.

Sunny Létourneau croit que la création d'un cimetière réservé aux musulmans n'est pas justifiée alors qu'il reste peu d'espace dans le cimetière catholique de l'endroit.

Favorable au projet, le maire de Saint-Apollinaire, Bernard Ouellet, a affirmé de son côté que c'est la peur qui a freiné le projet. « La peur, la peur de quoi? On a peur des morts musulmans? On a peur d'eux aussi? », a vivement réagi Mohamed Labidi.

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