Une jeune mère de Charlesbourg accuse la Maison des métiers d'art de Québec de l'avoir congédiée sans raison valable au retour de son congé parental. Elle estime avoir subi un préjudice financier important et demande réparation.

Un texte d'Olivier Lemieux

« C’est incompréhensible ce qui est arrivé », déplore Melody Fortier. Selon elle, rien ne pouvait la préparer à la perte de son emploi de technicienne en sculpture, le 23 mai dernier.

Dès le premier jour de son retour au travail, à l’issue de son congé parental, le directeur de la Maison des métiers d’art lui a remis une lettre de congédiement et l’a sommée de quitter l’établissement d’enseignement.

« J’ai figé. Je me disais que ça n’avait pas d’allure, se souvient-elle. On ne peut pas congédier quelqu’un qui part en congé parental! »

Selon sa lettre de licenciement, Melody Fortier ne possèderait pas les compétences pour occuper le poste de technicienne en sculpture. On lui reproche aussi de ne pas être assez « proactive » dans son travail.

La jeune femme concède qu’elle a bel et bien été rencontrée par la direction à l’automne 2016 et qu’on lui a demandé de faire preuve d’initiative.

Depuis, elle assure cependant qu’aucune autre évaluation de sa performance n’a été portée à son attention.

Melody Fortier se demande si son souhait de repartir en congé parental pendant deux mois dans la prochaine année n’a pas fait pencher la balance.

Sa conjointe, qui a porté leur deuxième enfant, avait choisi de lui transférer une partie de son congé de maternité, comme le permet le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP).

« Est-ce que ça a pu jouer? On ne le saura jamais », déplore-t-elle.

« Rien à voir »

Joint au téléphone, le président du conseil d’administration de la Maison des métiers d’art de Québec, André Jalbert, assure que le renvoi de Mme Fortier n’est pas lié à son départ en congé parental.

« Ça n’a rien à voir », tranche-t-il.

Selon lui, en plus de la rencontre officielle entre la direction et Mme Fortier à l’automne, une évaluation de sa performance a été effectuée « à l’interne ».

Si Melody Fortier n’a pas été rencontrée de nouveau relativement à ses « lacunes » au travail, c’est que la directrice de l’école a dû quitter ses fonctions pour des raisons de santé l’automne dernier.

Son remplaçant avait de nombreux dossiers à gérer.

Il ajoute que le départ de la technicienne en sculpture aurait dû être officialisé avant son congé parental, mais elle ne se serait pas présentée à une rencontre prévue avec le directeur.

Melody Fortier assure que c’est faux et maintient qu’elle a été congédiée de façon abusive. Elle a depuis porté plainte auprès de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Congédiement illégal?

« De toute évidence, il s’agit d’un congédiement illégal, lâche Alain Barré, professeur au Département des relations industrielles de l’Université Laval.

Celui qui enseigne le droit du travail depuis 40 ans estime que la Maison des métiers d’art de Québec aura fort à faire afin de défendre le congédiement si la cause se rend à procès.

Selon lui, le droit d’obtenir un congé parental est clairement défini dans la jurisprudence québécoise et un employeur doit avoir un dossier solide pour justifier un congédiement en pareilles circonstances.

Alain Barré estime probable qu’un règlement à l’amiable soit conclu entre les parties, à l’avantage de la plaignante.

Secouée par les événements

Melody Fortier ne s’en cache pas, les derniers mois l’ont ébranlée et elle y pensera à deux fois avant de solliciter un nouvel emploi dans son domaine.

Celle qui a quitté ses fonctions d’agente de bureau au gouvernement du Québec pour faire le saut à la Maison des métiers d’art a réussi à retrouver du travail, mais son salaire est inférieur.

Avec deux enfants en bas âge à la maison, son congédiement soudain a eu un impact important sur les finances familiales.

« Avec une jeune famille, je pense que je vais attendre un p’tit bout avant de me réessayer dans quelque chose qui est plus artistique. »

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