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Contamination à Shannon : un expert remet en question l'étude de la Santé publique

L'oncologue Pierre Band estime que la Direction de la santé publique de Québec a commis « une erreur grave » dans son étude sur les cancers à Shannon en considérant les cas de cancer en fonction de toute la municipalité plutôt qu'uniquement en fonction de la zone exposée au trichloréthylène (TCE). 

« Mon opinion personnelle, c'est une erreur grave », a résumé le spécialiste qui s'est exprimé sur l'étude à l'invitation du Regroupement des citoyens de Shannon.

Le Dr Band, qui était président du comité d'experts chargé de faire ses recommandations à la DSP, désapprouve la méthodologie de l'étude qui concluait qu'il n'y avait pas plus de cas de cancer à Shannon qu'ailleurs dans la province.

L'étude portait sur une cohorte de 17 397 personnes ayant habité à Shannon entre 1987 et 2001, moment où l'exposition à l'eau contaminée au TCE a pris fin.

Or, la DSP a ignoré la recommandation du comité qui souhaitait que l'étude considère le problème en fonction de la zone exposée, déplore le Dr Band.

Il illustre par exemple que comparer 5 cas de cancer pour 1000 habitants ou 2 cas de cancer dans une zone plus petite de 100 habitants ne mène pas aux mêmes conclusions.

Le Dr Band croit qu'une autre étude devrait être menée en prenant en compte la recommandation du comité d'experts.

Un rapport « frustrant »

Maire-Paule Spieser, présidente du Regroupement des citoyens de Shannon, dit ne pas comprendre la Santé publique de ne pas avoir suivi la recommandation de son comité d'experts.

« Que la Santé publique nomme un comité d'experts, elle-même, dont elle ne suit pas les recommandations, il y a quelque chose qui m'échappe dans ce mécanisme. »

Selon elle, l'étude telle que présentée est un gaspillage d'argent, de ressources et d'intelligence. « Ça fait le quatrième rapport qu'ils émettent et le quatrième rapport où je pense qu'ils n'utilisent pas tous les possibilités qu'ils ont et c'est frustrant parce que je ne suis pas épidémiologiste, je ne suis pas statisticienne, et je vois les biais. »

La citoyenne de Shannon souligne que le rapport ne répond pas à la question cruciale pour les citoyens, à savoir s'il y a un lien entre les cas de cancer et la contamination au TCE à Shannon.

Une proposition non valide, dit la Santé publique

De son côté, le Dr François Desbiens, directeur de la Santé publique, explique que la proposition d'étude décrite par le Dr Band a été analysée par l'Institut national de santé publique, puis rejetée.

« Nous avons reçu en novembre de l'Institut un avis comme quoi la proposition d'étude aurait des biais importants et n'aurait jamais la "puissance statistique" de pouvoir conclure positivement ou négativement sur ce qu'on retrouverait. »

Selon lui, trois éléments militent en défaveur de cette proposition d'étude, soit l'absence de mesures de contamination de puits artésiens avant novembre 2000, la petite taille du groupe touché par les puits contaminés et la présence possible d'autres facteurs de risque de cancer.

Dans son étude dévoilée le 7 avril dernier, la Direction de la santé publique a conclu que les cas de cancers en général ne sont pas plus nombreux à Shannon qu'ailleurs dans la province. Ceux du foie et des voies biliaires y sont toutefois plus fréquents, mais la Santé publique n'a pu établir de lien avec la contamination au TCE.

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