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Crimes haineux : au coeur d'une formation avec la police de Québec

Il n'est pas encore 8 h du matin et plus de 20 policiers de Québec sont réunis dans une même pièce. Café à la main, ils attendent le début d'une formation qui doit durer quatre heures. Le sujet est sensible et d'actualité : les crimes haineux dans la capitale.

Un texte d’Alexandre Duval

« C’est une formation qui ne vise pas à changer vos opinions personnelles, souligne d’entrée de jeu l’un des présentateurs de la matinée, le lieutenant Jean-François Vézina. On ne veut pas faire la morale non plus. »

« Ce qu’on veut, c’est susciter une réflexion sur l’importance qu’on accorde aux crimes et aux incidents haineux », précise-t-il à son auditoire.

Les élèves d’un jour sont attentifs. Il s’agit de patrouilleurs, de préventionnistes et d’enquêteurs jeunesse du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). Des hommes et des femmes, des plus vieux et des plus jeunes.

« C’est eux qui ont le premier contact avec les citoyens », explique le lieutenant Vézina, d’où l’importance de leur offrir cette formation. Entre mai et octobre, environ 500 de ces intervenants de première ligne du SPVQ passeront par là.

Ils réviseront ce qui constitue un « crime haineux » au sens du Code criminel, comme des menaces ou de l’incitation publique à la haine. Ils pourront ainsi mieux repérer les « incidents à caractère haineux », comme des insultes ou des propos injurieux.

Comprendre les minorités

Au début de la matinée, le lieutenant Vézina dresse un portrait des diverses communautés qui cohabitent sur le territoire de Québec. Il évoque l’importance de maintenir de bons liens avec elles.

Sa présentation ne traite pas uniquement des musulmans, mais sans surprise, une place prépondérante leur est accordée. Depuis quelques années, la montée d’un « climat néfaste » se faisait sentir à Québec, affirme le lieutenant Vézina.

« Des pressions sur la rue », des « femmes qui se font insulter » ou qui se font « tirer le voile », se remémore-t-il à voix haute. À l’époque, le SPVQ s’était fait reprocher de ne pas prendre au sérieux les incidents rapportés.

Sur l’écran à l’avant de la pièce, une pyramide détaille le processus à travers lequel passent les individus qui se radicalisent, de la « remise en cause du vivre-ensemble » jusqu’à « l’engagement violent ».

Entre ces deux pôles, il y a tout un tas de signes auxquels les policiers doivent être attentifs pour détecter les risques de radicalisation : polarisation du discours, fascination pour des personnalités extrêmes, rupture avec le milieu familial, etc.

L’effet de l’attentat

Le 29 janvier 2017, l’impensable est survenu : l’attentat à la grande mosquée. Dans la foulée de cette tragédie, le SPVQ a travaillé en étroite collaboration avec les musulmans de Québec.

Une conclusion s’est imposée : la police devait réviser ses façons de faire pour mieux lutter contre les crimes haineux, indique en entrevue le lieutenant Vézina. Le SPVQ est donc allé voir ce qui se fait dans d’autres villes canadiennes, dont Montréal.

Depuis un an, les choses ont effectivement changé au SPVQ. Même si un dossier ne contient pas de « crime haineux » au sens du Code criminel, chaque événement est colligé et assigné à un enquêteur.

Chaque développement peut faire l'objet d'une prise de contact avec le groupe qui a été victime de l'incident. « S’il le juge nécessaire, on a un officier qui va aller voir la communauté pour la rassurer et lui expliquer c’est quoi la situation en temps réel », explique l’analyste stratégique Francis Cossette.

Auparavant, une seule analyse était faite à la fin de chaque année indique M. Cossette. C'est à cette occasion que les communautés étaient rencontrées pour faire le point.

Développer une sensibilité

Le SPVQ essaie donc d'agir avant que des crimes graves ne soient commis. Le lieutenant Vézina espère que la formation permettra aux policiers de développer « une plus grande sensibilité à l’égard des victimes qui subissent les incidents ».

Environ 140 enquêteurs du SPVQ ont déjà reçu une autre version de cette formation, plus tôt en 2018.

Plus de dossiers ouverts

Pendant la matinée, Francis Cossette doit présenter un portrait statistique des crimes et des incidents haineux sur le territoire du SPVQ.

Même si Radio-Canada n’a pas pu assister à cette portion de la formation, les chiffres officiels du SPVQ démontrent que le phénomène est en croissance.

« C’est en augmentation, confirme M. Cossette. On avait environ une vingtaine de crimes haineux traditionnellement lors des 10 dernières années. »

D’autres changements à venir

Le SPVQ dit poursuivre ses efforts pour accroître la sécurité des communautés culturelles à Québec. Un projet est notamment en cours pour assurer une meilleure prise en charge des suspects ou des personnes qui ont un problème de santé mentale.

La police souhaite tisser des liens plus étroits avec le réseau de la santé et les organismes communautaires afin d’accompagner les personnes à risque de poser des gestes haineux.

« C'est probablement à partir de cette collaboration qu'on va éviter de nouveaux incidents », soutient le lieutenant Vézina.

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