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Crise au Venezuela : la douleur d’avoir laissé ses proches derrière

Lorsqu'il a quitté le Venezuela, en 2014, José Manuel Zamora n'avait qu'une obsession : se construire un avenir meilleur. Mais encore aujourd'hui, sa tête est là-bas. Depuis son départ, son pays natal s'est enlisé dans une grave crise politique et économique. Trois de ses enfants y vivent toujours et ils rêvent de rejoindre leur père à Québec.

Un texte d’Alexandre Duval

José Manuel travaille dans un petit restaurant de poulet portugais sur la rue Saint-Jean. C’est là, entre l’heure du lunch et la cohue du soir, qu’il accepte de se confier.

« Salut ! », lance-t-il à l’auteur de ces lignes, qu’il aperçoit à travers l’ouverture du mur qui donne sur la cuisine. En quelques secondes seulement, il quitte sa rôtissoire et se dirige dans la salle à manger, animé d’un profond désir de raconter son histoire.

Le sourire qu’il affiche et la fermeté de sa poignée de main contrastent toutefois avec la sensibilité du sujet qu’il aborde.

Ses enfants sont au coeur de la crise

Lorsqu’il parle de son pays natal, le regard de José Manuel se pose souvent dans le vide. Comme s’il voyait le Venezuela au loin, à travers les images de violence qui sont diffusées dans les médias. Des images qu’il consulte d’ailleurs fréquemment sur son iPhone, pour se tenir à jour.

José Manuel a beau être en sécurité à Québec avec sa femme et leur petite fille de cinq ans, les trois enfants issus de son premier mariage habitent toujours à Caracas avec leur mère, au cœur de la crise qui secoue le pays.

Avec la chute du cours du pétrole, le Venezuela a été plongé dans une grave récession économique, ces dernières années. L’inflation est galopante, la nourriture et les médicaments se font rares.

Un large mouvement de protestation qui a pris la rue depuis avril réclame le départ du président Nicolás Maduro, mais la répression est forte. En deux mois, plud d'une soixantaine de personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées.

C’est dans ce tourbillon politique que vivent les enfants de José Manuel. Il ne veut d’ailleurs pas les nommer tellement il craint pour eux en raison du pouvoir politique, qu’il n’hésite pas à qualifier de « dictature ».

À 23, 21 et 18 ans, les enfants de José Manuel n’arrivent plus à manger trois fois par jour, et ce, depuis février. Il leur envoie fréquemment de l’argent, mais le problème n’est pas là : ce sont les denrées alimentaires qui manquent.

En parlant sur Skype, José Manuel leur a demandé s’ils aimeraient venir le rejoindre à Québec. « Oui », ont-ils dit, sans hésiter. « On ne veut pas continuer à supporter ça, c’est triste », ont-ils dit à leur père.

Après plusieurs discussions, José Manuel a finalement mis la machine en marche. À la fin de mai, il a téléphoné au gouvernement du Canada. Déjà, il a reçu les premiers formulaires à remplir.

Assurer un avenir à ses enfants

« Ici, c’est tranquille, affirme-t-il. C’est le meilleur endroit pour habiter avec la famille. » José Manuel raconte avoir dit à ses enfants que Québec était « magnifique » et qu’ils y trouveraient « la vraie vie qu’ils méritent ».

L’homme dans la quarantaine ne veut plus perdre une seconde; il est persuadé que la situation continuera de se dégrader et que ses enfants auraient un avenir bien meilleur s’ils quittaient leur pays natal.

Devant ce qu’il considère comme un manque d’intérêt de la communauté internationale pour la situation vénézuélienne, José Manuel veut envoyer un message.

« On a besoin d’aide. Ce n’est pas la vérité que ce gouvernement est le meilleur du monde et qu’il pense au peuple. Il y a des gens qui se font tuer tous les jours parce qu’ils demandent des élections libres », lance-t-il.

Malgré la gravité de la situation, José Manuel refuse flancher. « Il y a des moments où on veut baisser les bras et je me dis que non. Il faut rester positif. »

Croyant, il dit souvent faire appel à Dieu pour que ses enfants puissent quitter le Venezuela « à temps ».

Quelques jours seulement après le début des démarches d’immigration, à la fin mai, sa fille lui a demandé candidement comment avançaient les choses. José Manuel lui a répondu qu’elle devrait être patiente. Mais il a aussi prononcé ces mots qui, sortis de sa bouche, ressemblent à une certitude. « On va réussir. »

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