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Danse autochtone : trois parcours ponctués de ruptures

Jusqu'en 1951, cérémonies religieuses, danses traditionnelles autochtones et pow-wow étaient interdits par la Loi sur les Indiens. Portraits de trois artistes qui y sont revenus, malgré des ruptures.

Un texte d’Anouk Lebel

Jaime Morse et le groupe Prairie Fire Jiggers : une rupture intergénérationnelle

Originaire de Lac La Biche, en Alberta, Jaime Morse a la transmission de la danse métisse à cœur. Ses enfants sont les interprètes du groupe de gigue Prairie Fire Jiggers, un accomplissement vu l'histoire de sa famille.

« Il y a eu une rupture intergénérationnelle », explique-t-elle. Dans sa communauté, le clergé désapprouvait la pratique de la danse et du violon. Danseuse et violoniste hors pair, sa grand-mère est morte avant d'avoir pu transmettre son savoir à ses sept enfants, placés en familles d’accueil et dans des écoles de jour.

Même si son père n'a pas pu lui montrer comment giguer, Jaime Morse a commencé à danser après avoir déménagé à Ottawa, lorsque son fils aîné avait 6 mois.

Malgré tout, ses pas sont caractéristiques de la communauté de Lac La Biche, croit-elle. Et elle est convaincue que l'enfant qu'elle attend est un autre gigueur.

Aïcha Bastien-N’Diaye : la danse pour réconcilier ses origines

Enseignante et chorégraphe, Aïcha Bastien-N’Diaye a grandi à Wendake, près de Québec. Sa mère est originaire de cette communauté et son père, de Guinée. Ce dernier pratiquait la danse traditionnelle africaine lorsqu’elle était petite. Sa famille l'encourageait aussi à aller dans des pow-wow.

« Tout ça était lié dans mon quotidien, se souvient-elle. C'est le monde qui m’a rappelé qu’il fallait tout séparer. »

La communauté de Wendake était alors en processus de réappropriation de sa culture, qui a en partie disparu au contact des Blancs. « Ce n’est pas évident de se retrouver dans tout ça, d’apprendre à faire de la danse quand les grands sont eux aussi en train d’apprendre. »

« C’est à travers la danse contemporaine que j’ai retrouvé ma culture », dit-elle. « Ça m'a amenée à me demander pourquoi je m'en étais éloignée. »

Gary McFarland : la danse comme chemin vers la guérison

Cri du Manitoba, Gary McFarland habite dans la communauté d'Uashat-Maliotenam, près de Sept-îles. Il a longtemps été coupé de la danse et des cérémonies autochtones. Comme des milliers d’autres enfants autochtones, il a été retiré de sa famille et mis en adoption dans la foulée de la rafle des années 60.

« C’est à travers la danse, les cérémonies, ma culture que je me suis redécouvert », confie-t-il.

La danse lui a permis de panser les blessures. Il tente maintenant de transmettre la culture aux jeunes avec qui il a travaillé à Montréal, puis à Sept-Îles. « C’est grâce à la guérison des cérémonies traditionnelles que je peux aider les autres », dit-il.

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