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De l'aide psychologique directement à la ferme dans Chaudière-Appalaches

Les producteurs agricoles de Chaudière-Appalaches disposent d'une nouvelle ressource pour prévenir les problèmes de santé mentale liés à leur travail. Depuis le début du mois d'octobre, une travailleuse sociale sillonne la région dans le but de leur apporter du soutien psychologique là où ils se trouvent, à la ferme ou au champ.

Un texte d'Alexandre Duval

« En agriculture, il y a beaucoup de détresse psychologique », lance Nancy Langevin. Productrice laitière dans une vie antérieure, elle est retournée aux études en travail social afin de combiner ses deux passions : l'agriculture et les relations d'aide.

Au cours des six prochains mois, Nancy Langevin mènera un projet pilote de « travailleur de rang » financé par l'organisme Au cœur des familles agricoles. Après la Montérégie, Chaudière-Appalaches est la deuxième région au Québec à faire l'objet d'un tel laboratoire.

Selon une enquête de la Coop fédérée, jusqu'à 50 % des producteurs agricoles du Québec souffrent d'un niveau élevé de détresse psychologique.

Nancy Langevin explique que les causes sont autant financières que sociales. À son avis, les normes auxquelles sont soumis les producteurs agricoles mettent une pression immense sur leurs épaules, tout comme leurs horaires de travail, qui sont à la fois exigeants et atypiques.

Oser demander de l'aide

Au-delà des facteurs de stress, les producteurs agricoles n'auraient pas tendance à aller chercher de l'aide psychologique lorsqu'ils en ont besoin, que ce soit par crainte d'être incompris ou parce qu'il leur est trop difficile de quitter la ferme ou le champ.

La travailleuse sociale explique qu'en se rendant directement chez les producteurs elle éveille leur capacité à s'ouvrir. Ses services sont gratuits et confidentiels, et son passé de productrice laitière l'aide à créer un lien de proximité avec les agriculteurs.

Celles et ceux qui préféreraient la rencontrer à l'extérieur de la ferme pourront également le faire, puisque la municipalité de Saint-Raphaël a mis un local à sa disposition.

Une aide qui est la bienvenue

À la section Chaudière-Appalaches de l'Union des producteurs agricoles (UPA), on se réjouit de l'arrivée de Nancy Langevin. Selon le vice-président, plus les ressources seront nombreuses pour lutter contre la détresse psychologique, mieux les agriculteurs s'en porteront.

« Je pense qu'on va réussir à vaincre ça en étant tous ensemble, explique James Allen. C'est avec un ensemble de mesures qu'on va réussir à régler le problème », dit-il, ajoutant qu'un réseau de sentinelles a déjà été mis en place pour faire la prévention du suicide chez les agriculteurs.

James Allen affirme que la détresse psychologique est particulièrement marquée chez les producteurs laitiers, actuellement, en raison de la saga du lait diafiltré.

« Avec la baisse du prix du lait qu'il y a eu l'été passé, il y a beaucoup de producteurs laitiers qui en ont ras-le-bol [...] Si les revenus baissent, on continue à faire les paiements, mais on se demande tout le temps si, à la fin du mois, ça va arriver. »

Sa satisfation à l'égard de l'arrivée d'une travailleuse de rang dans Chaudière-Appalaches est toutefois tempérée par sa crainte que l'aide ne prenne fin en mars 2017. « J'espère qu'on ne fera pas juste un projet pilote avec ça et qu'on va avoir les ressources pour continuer ce projet-là », exprime M. Allen.

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