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Déblocage entre la CNESST, les physiothérapeutes et les ergothérapeutes

Les cliniques de physiothérapie et d'ergothérapie qui offrent des soins aux accidentés du travail sont sur le point d'être mieux payées. Cela fera bientôt 10 ans que la CNESST n'avait pas augmenté le montant qu'elle leur verse, soit 36 $ par traitement.

Un texte d’Alexandre Duval

Les ergothérapeutes devraient voir leur tarif passer de 36 $ à 46 $, en vertu du projet de règlement entériné par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST).

Pour les physiothérapeutes, le tarif sera un peu plus bas, à 42 $ pour chaque traitement offert à un patient qui a subi un accident de travail.

« C'est une petite hausse, mais c'est un premier pas dans la bonne direction », affirme Pascal Gagnon, président de la Fédération des cliniques de physiothérapie privées du Québec.

Il s’agit en effet d’un déblocage important puisqu’entre 1993 et aujourd’hui, les physiothérapeutes et les ergothérapeutes n’ont reçu que 5 $ d’augmentation pour traiter les accidentés du travail.

« Ç’a permis de repartir une roue qui était bloquée », souligne Geneviève Sévigny, présidente de l’Association québécoise des ergothérapeutes en pratique privée.

Mme Sévigny souligne par ailleurs que des discussions sont toujours en cours avec la CNESST pour que ces tarifs soient automatiquement indexés, dans l’avenir.

Un régime moins généreux

Sur le terrain, des physiothérapeutes et des ergothérapeutes indiquent toutefois que les sommes offertes par la CNESST demeurent en deçà de leur rémunération habituelle.

À titre comparatif, les physiothérapeutes facturent en moyenne 70 $ pour un traitement avec un patient du privé. Chez les ergothérapeutes, le tarif se rapproche davantage de 100 $.

Le régime de la CNESST est aussi moins avantageux que celui de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

La SAAQ offre en effet 55 $ par traitement pour les physiothérapeutes qui prennent en charge des accidentés de la route.

Qui plus est, les cliniques de physiothérapie peuvent facturer aux patients la différence entre leur tarif privé et celui de la SAAQ, ce qu’ils ne peuvent pas faire avec les patients issus de la CNESST.

En ce qui concerne les ergothérapeutes, la SAAQ offre des « blocs forfaitaires » depuis 2015. Il s’agit d’enveloppes d’argent offertes en fonction de l’état de santé du patient et qui peuvent aller jusqu’à 1640 $.

Si son état de santé le justifie, un même patient accidenté de la route peut recevoir plus d’un bloc forfaitaire.

Traitements plus courts

Des physiothérapeutes interrogés par Radio-Canada rapportent que pour compenser cet écart de rémunération, les traitements offerts à la clientèle de la CNESST sont souvent plus courts; ils durent en moyenne 20 minutes.

Aussi, les patients de la CNESST sont souvent traités par de jeunes physiothérapeutes ou encore par des thérapeutes en réadaptation physique, détenteurs d’un diplôme d’études collégiales, parce que leur taux horaire est plus bas.

« On entend ce qui se passe sur le terrain », dit Pascal Gagnon. Il assure néanmoins que la qualité des soins est toujours au rendez-vous et que l’Ordre professionnel de la physiothérapie est là pour y veiller.

D’après M. Gagnon, les thérapeutes en réadaptation physique ont même « développé une expertise » pour traiter la clientèle issue de la CNESST.

Quant aux ergothérapeutes, une pratique courante est d’offrir des traitements dits « pairés » aux patients de la CNESST, c’est-à-dire que quelques patients sont traités dans la même plage horaire.

« Oui, il peut y avoir deux personnes qui font leurs exercices en même temps, mais chaque programme est distinct pour chaque personne », explique Geneviève Sévigny.

Selon cette dernière, il appartient aux cliniques de bien diversifier leur clientèle pour s’assurer d’avoir un équilibre entre les patients issus du privé, de la CNESST et de la SAAQ.

La CNESST a décliné la demande d'entrevue de Radio-Canada au sujet de sa grille tarifaire.

Améliorer la prise en charge

Mme Sévigny et M. Gagnon disent sentir beaucoup de collaboration de la part de la CNESST et envisagent la suite avec optimisme.

Leur prochain objectif est de travailler sur la qualité des soins offerts aux accidentés du travail, de concert avec les médecins, les physiothérapeutes, les ergothérapeutes, les syndicats et les patrons, notamment.

Sur ce point, M. Gagnon souligne qu’un comité sera mis en place une fois que le règlement actuel sera entériné par le gouvernement du Québec.

Le dossier se trouve actuellement entre les mains de la ministre responsable du Travail, Dominique Vien.

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