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Décès d'une témoin de Jéhovah : « Éloïse n'a pas fait un enfant pour qu'il soit orphelin »

Une semaine après le décès d'Éloïse Dupuis, sa tante Manon Boyer a déposé une plainte au Service de police de la Ville de Lévis dans l'espoir qu'une enquête fasse la lumière sur le décès de la jeune mère témoin de Jéhovah, après des complications liées à son accouchement.

« Éloïse n'a pas fait un enfant pour qu'il soit orphelin. J'en suis convaincue », a affirmé Manon Boyer, qui a fait la route de Laval pour déposer sa plainte au nom de sa nièce. Elle a livré sa version des faits à des enquêteurs pendant environ quatre heures.

La tante, qui n'est pas témoin de Jéhovah, est persuadée que sa nièce de 26 ans n'était pas en mesure de donner un consentement « éclairé » pour refuser les transfusions sanguines dont elle avait besoin.

Elle rappelle la présence du Comité de liaison hospitalier des témoins de Jéhovah dans sa chambre, communément appelé « la police du sang », qui ont fait pression sur elle. La jeune femme était aussi sous forte médication après deux interventions chirugicales.

Selon elle, personne qui n'était pas témoin de Jéhovah n'a pu entrer en contact avec Éloïse lors de son hospitalisation. « La famille nous a empêchés d'avoir accès », souligne-t-elle. Elle souhaite que « les lois et les règles soient changées », afin d'éviter d'autres cas semblables.

Un juge pour trancher?

Le décès d'Éloïse Dupuis a encore une fois alimenté le débat mercredi à l'Assemblée nationale.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, rejette la proposition de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui suggère que les cas de refus de traitements médicaux pour des motifs religieux soient évalués par un juge afin d'assurer la notion de consentement « libre et éclairé ».

Le critique en matière de justice de la CAQ, Simon Jolin-Barrette, a soutenu qu'un juge devrait trancher la question à l'abri de la pression des proches du patient.

« Lorsqu'il y a un refus qui est invoqué pour des motifs religieux, on souhaite que le dossier soit déféré devant un juge et jugé d'urgence pour évaluer est-ce que la personne est apte à exprimer un consentement libre et éclairé. Il faut juste s'assurer que le consentement est libre et éclairé », a soulevé le député caquiste.

Selon lui, le système judiciaire est « très capable d'absorber ce genre de dossier », soulignant qu'Éloïse Dupuis a été hospitalisée pendant six jours avant son décès. « Il y aurait eu le temps qu'un juge se penche sur le dossier », affirme-t-il.

Selon Gaétan Barrette, l'État n'a pas à s'immiscer dans le libre choix des patients. « Si M. Legault [le chef de la CAQ] choisit cette voie-là, il vient automatiquement de restreindre à mon avis certains droits », affirme le ministre de la Santé, renvoyant le dossier à sa collègue de la justice, Stéphanie Vallée.

M. Barrette souligne également qu'il est impossible de faire la « police des visites » en restreignant l'accès au malade à certaines personnes qui pourraient faire pression sur le patient, faisant référence au Comité de liaison hospitalier des témoins de Jéhovah.

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