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Des citoyens de Limoilou demandent des ruelles plus sécuritaires

Les initiatives citoyennes se multiplient dans le Vieux-Limoilou pour demander une meilleure gestion des ruelles dans le quartier. Des affichettes « J'aime ma ruelle » ont été mises en vente et le conseil de quartier se mobilise pour faire diminuer la vitesse de circulation dans ces voies d'accès gérées par les citoyens.

Un texte de Aude Brassard-Hallé

Olivier Tremblay, blogueur pour le site Monlimoilou.com, a fait des ruelles son cheval de bataille. Le père de famille dit avoir choisi de venir s'installer dans le quartier notamment en raison de ces espaces partagés qui forment le tissu urbain.

Il constate cependant un double problème dans les ruelles de Limoilou. « Il y a tout un enjeu lié à la sécurité, mais aussi à l'embellissement des ruelles, pour les rendre plus agréables comme milieu de vie », dit-il.

Une visite dans le quartier lui donne raison : il suffit de se balader quelques minutes pour voir qu'il y a autant de types de ruelles que de pâtés de maisons. Alors que certaines sont bien aménagées, avec des dos d'âne, des pancartes rappelant la présence d'enfants, et des jeux, d'autres semblent vouées au transit automobile avec les risques que cela comporte pour ceux qui utilisent la ruelle.

C'est pourquoi Monlimoilou.com, en collaboration avec votepour.ca, a choisi de mettre en vente des affichettes mettant en scène des enfants, des cyclistes, et même des chats. L'objectif : sensibiliser les usagers des ruelles à la sécurité, notamment les automobilistes qui utilisent les ruelles comme voies de contournement de la circulation.

« La circulation de transit, c'est un fléau, plaide Olivier Tremblay, dans la mesure où les gens ne sont pas forcément mal intentionnés. Mais si on veut que les ruelles soient un milieu de vie, il faut qu'il y ait le moins de circulation possible, et qu'elle soit limitée aux gens qui veulent se rendre dans leur cour. »

Des ruelles sans propriétaires

Les ruelles de Limoilou sont particulières en raison de leur histoire, explique l'architecte et designer urbain Érick Rivard, lui-même résident du secteur. Il rappelle que le promoteur immobilier Quebec Land dans les années 20 avait prévu un quartier à l'image de New York avec ses ruelles, qui n'ont donc pas été loties. « Quand la Quebec Land [le promoteur] a fait faillite, les ruelles lui appartenaient encore. Donc, elles sont tombées dans un genre de vide juridique », explique-t-il.

Sans propriétaires, les ruelles sont donc gérées par les citoyens qui l'occupent, ce qui explique les disparités. Ça, et le fait que les familles sont moins nombreuses qu'à l'époque de la construction du Vieux-Limoilou, et que les enfants ont cédé leur place aux voitures.

« À l'époque, on pouvait compter 20, 30 enfants par triplex! », rappelle en riant Érick Rivard, qui se fait également rassurant pour l'avenir des ruelles.

« Les jeunes familles se réintéressent au quartier, et elles se rendent compte que les ruelles sont des espaces de jeu extraordinaires » dit-il, avant d'ajouter que le retour des enfants ramènera aussi la sécurité dans les espaces. « Il n'y a rien de mieux pour la sécurité que des yeux! C'est-à-dire que quand des gens regardent l'espace, occupent l'espace, c'est un lieu qui devient très sécuritaire. »

Mesures d'atténuation et initiatives populaires

Julie Moffet est membre du conseil de quartier du Vieux-Limoilou, et croit elle aussi que les ruelles font partie de l'ADN du quartier. Mais si les espaces partagés sont une source de joie pour plusieurs, elles amènent aussi de l'inquiétude. « Moi, j'en entends régulièrement parler, autant comme maman que sur le conseil de quartier, que des gens sont inquiets pour leurs enfants », explique-t-elle.

C'est pourquoi le conseil de quartier va créer un sous-comité qui se penchera sur la question, et envisage plaider devant la Ville pour obtenir plusieurs changements, comme un affichage de limite de vitesse de 10 km/h. Le conseil envisage aussi l'élaboration de mesures d'atténuation de la circulation de transit, dont l'utilisation de bacs amovibles par exemple.

Des mesures qui sont envisagées également par la Ville de Québec, qui reconnaît toutefois que son champ d'action est limité quand il est question des ruelles, étant donné qu'elles appartiennent maintenant au ministère du Revenu du Québec.

Suzanne Verreault, conseillère du district de Limoilou, avait promis une mise à niveau programme d'aménagement des ruelles pour encadrer les initiatives citoyennes.

Elle assure que celle-ci est toujours en marche. « Le travail de fond est avancé. On a fait un sondage, il y a un comité de travail qui a été formé avec les gens de l'aménagement du territoire. On a commencé le travail - on est même avancés - mais il y a eu des délais administratifs », mentionne Mme Verreault.

Elle explique que le département d'aménagement de la Ville a été restructuré, ce qui a entraîné des délais.

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