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Des exercices d'incendie non sécuritaires dans des résidences pour aînés

Des exercices d'incendie réalisés dans une trentaine de résidences pour personnes âgées, à Lévis, révèlent que presque la moitié d'entre eux n'étaient pas sécuritaires. Radio-Canada a obtenu, par la Loi sur l'accès à l'information, les plus récents rapports de ces exercices réalisés dans différentes municipalités québécoises.

Un texte de Cathy Senay

À Lévis, sur les 30 exercices d'incendie effectués entre juin 2013 et octobre 2015 dans des résidences pour personnes âgées, 13 n'ont pas respecté les normes. Un constat qui survient dans la foulée de la tragédie de L'Isle-Verte, en janvier 2014, où 32 résidents ont trouvé la mort dans un incendie.

« Il est clair que pour la Ville de Lévis, c'est des éléments qui sont préoccupants », constate le directeur du Service de la sécurité incendie de la Ville de Lévis. Gaétan Drouin précise toutefois que des correctifs ont déjà été apportés.

« Déjà aujourd'hui, il y a 9 résidences sur les 13 qui sont acceptées actuellement par l'Agence de santé, donc, qui ont corrigé les déficiences rencontrées depuis 2013 et nos gens à la prévention vont s'assurer de tenir un exercice d'évacuation au courant des prochaines semaines. »

Les lacunes observées lors des exercices d'évacuation sont souvent les mêmes :

  • délai d'évacuation (3, 5, 8 ou 11 minutes) non respecté;
  • coordination d'évacuation inefficace;
  • son de l'alarme d'incendie pas assez audible;
  • confusion des résidents;
  • refus d'évacuation de résidents.

Des exercices d'incendie trop exigeants?

Une fois tous les deux ans, la direction du Service de la sécurité incendie de la Ville de Lévis accompagne la trentaine de résidences privées pour aînés au cours de leur exercice d'évacuation.

À la Résidence Jazz, l'évacuation du 22 septembre 2015 a pris une tournure pour le moins particulière. Alors qu'elles se trouvaient toujours à l'extérieur après avoir été évacuées, deux résidentes ont chuté. Une autre a subi un malaise.

Une situation qui a poussé le propriétaire, Frédéric Soucy, à réclamer le soutien du Regroupement québécois de résidences pour aînés et à exiger des exercices d'incendie différents, moins risqués pour les blessures : « C'est important de faire des exercices d'incendie, mais on se dit, on devrait trouver une façon de le faire qui serait moins stressante pour nos résidents. [...] On pourrait avoir des évacuations à plus petits groupes sans la pression de l'alarme. »

Des intervenants critiqués

À la Résidence Villa mon Domaine, le dernier exercice d'incendie remonte au mois de septembre 2013. Le rapport obtenu souligne que des résidents étaient confus, la méthode d'évacuation et de vérification des chambres était aussi inefficace.

Nancy Brisson, une infirmière auxiliaire responsable de l'évacuation, note également que la présence des agents de prévention de la sécurité incendie de la Ville de Lévis a été plus nuisible qu'utile. Ils ont eux-mêmes ordonné que les résidents ne sortent pas d'eux-mêmes, ce qui a créé une certaine confusion.

« Ç'a été un moment très stressant. Et ça s'est ressenti même dans les journées après. On a eu des gens qui ont eu de la difficulté à dormir, plus anxieux. On a eu plus de cas d'errance », affirme Nancy Brisson.

L'expérience a été à ce point négative pour sa clientèle que Natasha Gauthier, copropriétaire de la résidence, a porté plainte à l'Agence de santé. « On ne voulait pas revivre ça. Nos aînés n'ont pas à vivre des choses comme ça. »

La Résidence Bellevue, où la clientèle est également vulnérable, présente des réserves similaires par rapport au travail de membres du Service de la sécurité incendie de Lévis, lors d'un exercice effectué aussi en 2013.

Des exercices nécessaires

Le directeur du Service des incendies, Gaétan Drouin, en poste depuis février, affirme avoir confiance en son personnel et maintient que cette procédure est utile. Il promet d'assister prochainement à des exercices d'incendie dans des résidences pour aînés.

Selon lui, des exercices d'évacuation devraient éventuellement être réalisés deux fois par année, comme le suggère la nouvelle réglementation. Il souligne que le réseau de la santé, les propriétaires de résidences de même que les familles doivent s'impliquer pour sensibiliser les aînés.

« On garde tous en mémoire le terrible incendie de L'Isle-Verte. Les gens ne veulent pas voir un tel événement se répéter », conclut Gaétan Drouin.

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