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Des intervenants sociaux très sollicités à la suite de l’attentat de Québec

Les proches et les familles des victimes de l'attentat perpétré contre le Centre culturel islamique de Québec ont pu bénéficier de nombreuses ressources psychosociales qui ont été mises à leur disposition dès le soir où s'est produit le tragique événement. Trois intervenants sociaux qui se sont retrouvés au coeur de l'action racontent ce qu'ils ont vécu.

Johanne Baril est travailleuse sociale. Elle était de garde pour la sécurité civile le soir du 29 janvier. Elle est l'une des premières intervenantes à avoir été appelée en renfort pour réconforter les gens qui ont été témoins de près ou de loin de la fusillade.

Au fil des heures qui ont suivi le drame, elle a apporté son soutien à une douzaine de personnes.

« On savait que les enquêteurs s'en venaient les interroger. Notre rôle, c'était de les écouter. Les gens étaient en état de choc, ils étaient dans leurs pensées. On les laissait se livrer s'ils avaient envie de le faire », raconte la travailleuse sociale.

Trois jeunes enfants ont assisté, bien malgré eux, à la tragédie. Johanne Baril a pris soin d'eux, comme cette petite fille qui cherchait son père.

On voulait les rassurer le plus possible. L'important, c'était qu'on soit là. On les a référés aux bonnes places pour avoir du support par la suite.

Johanne Baril, travailleuse sociale

Ce qui a le plus frappé l'intervenante sociale, c'est la solidarité qui émanait de tous les témoins qui ont vu l'horreur. « Les gens étaient reconnaissants envers nous. Ils nous remerciaient. »

Jamais elle n'a senti de sentiment de haine envers leur terre d'accueil.

Ligne 811 en demande

La ligne téléphonique Info-Social (811) a été très sollicitée le soir de l'attentat et dans les jours qui ont suivi. Carolyne Côté est l'une des travailleuses sociales qui a répondu à plusieurs appels de détresse.

« La ligne 811 est une ligne téléphonique d'accueil et d'intervention. Quand l'attentat est arrivé, on a eu un pic d'appels des proches des victimes », relate Mme Côté.

Elle croit que les jours à venir seront encore propices aux confidences par le biais de la ligne téléphonique. Des professionnels demeurent disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour répondre aux demandes d'aide et de soutien.

Interventions exemplaires sur le terrain, selon les professionnels

Depuis l'attentat, le psychologue Jean-Bernard Pocreau a lui aussi multiplié ses interventions auprès des proches des victimes. Il a entendu plusieurs témoins exprimer leur désir de quitter le Québec. Une réaction normale selon le professionnel.

La première réaction, c'est d'avoir envie de partir et se mettre à l'abri. C'est une réaction naturelle de fuite. Mais les choses vont se calmer et se stabiliser.

Jean-Bernard Pocreau, psychologue

M. Pocreau estime que l'aide psychologique apportée sur le terrain a été rapide et efficace.

« Ç'a été exemplaire : les interventions rapides sur le terrain, dans le centre d'assistance, dans les cellules mises sur pied et dans les écoles pour informer les professeurs, pour leur dire comment communiquer avec les enfants. Un sans-faute. »

Stress post-traumatique

Jean-Bernard Pocreau tient à mettre en garde les témoins de l'événement qui ne ressentent aucune émotion liée à la tragédie. Parfois, le stress post-traumatique peut se manifester des semaines, des mois, voire des années après un drame.

« Dans le long terme, il faut rester attentif chez les enfants et les adultes. Les symptômes d'anxiété, de répétitions, de cauchemars et d'évitement de lieux et de situation, ça peut être réactivé aux dates anniversaires par exemple. »

Il émet toutefois des réserves quant à la réouverture hâtive de la grande mosquée de Québec aux fidèles.

« C'est revivre prématurément une exposition dans un lieu chargé d'émotions et d'agressions. Le retour doit être dosé », soutient le psychologue.

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