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Des parents réclament des salles de bain publiques mieux adaptées aux enfants handicapés 

Des parents d'enfants handicapés réclament des salles de bain mieux équipées. À Québec, aucun lieu public n'offre de table à langer pour enfants et adultes, pas même les hôpitaux. Les parents n'ont d'autres choix que de changer les couches de leurs enfants sur le plancher ou dans leur fauteuil roulant. Un non-sens selon eux.

Un texte de Stéphanie Tremblay

Stéphanie Leclerc a décidé de se battre pour que sa fille de 7 ans puisse être changée de couche sur une table à langer adaptée à ses besoins dans les endroits publics. Sa petite Sarah est atteinte d'une maladie rare, appelée le syndrome Phelan-Mcdermid. Elle a un retard de développement, elle ne parle pas et doit porter des couches.

Pour la maman, c'est tout un défi de changer sa grande fille. Les tables à langer pour les enfants de son âge sont rares dans les lieux publics au Québec. « Il n'y a aucun lieu public où il y a une table à langer de format adulte. Il n'y a rien qui est adapté pour cette situation-là. On a deux options : le plancher de la toilette ou l'autre, qu'on utilise l'été, la voiture », s'insurge Stéphanie Leclerc.

Elle n'est pas la seule à décrier cette situation. Audrey Rouleau vit la même chose avec son fils de 12 ans, Zachary, qui a le syndrome d'Angelman. Elle doit le changer par terre, faute d'installations appropriées.

« Pour la dignité humaine, je trouve ça très difficile, que ce soit pour lui ou pour moi, puisqu'il a conscience de ce qui se passe. Mais on n'a pas le choix de le changer. Donc on restreint nos sorties », déplore Mme Rouleau.

Seuls les établissements spécialisés et les écoles qui accueillent des clientèles particulières, comme l'école Anne-Hébert, possèdent une table à langer électrique conçue pour les enfants, les adolescents et les adultes.

La Maison des petites lucioles fait partie de cette courte liste. L'établissement offre du répit aux parents des enfants handicapés de 0 à 12 ans. Le manque de tables à langer adaptées se fait sentir lorsque les éducatrices spécialisées doivent sortir avec les enfants.

« Quand je vais en rendez-vous à l'hôpital ou ailleurs, souvent je dois changer l'enfant dans son fauteuil roulant. Je vous lance le défi de changer un enfant dans un fauteuil roulant », raconte la directrice de l'établissement, Nicole Ouellet.

Plainte et pétition

Le fait que les hôpitaux de la région n'aient pas les ressources adaptées pour la clientèle externe est une incohérence pour les parents de Sarah et Zachary. Stéphanie Leclerc et Audrey Rouleau ont déposé une plainte formelle au Centre Mère-Enfant de Québec, où elles vont régulièrement.

Elles ont aussi lancé une pétition sur le site de l'Assemblée nationale. Près de 1000 personnes ont signé la pétition en ligne jusqu'à présent. Elle sera déposée à la mi-mars. Les deux instigatrices demandent au gouvernement d'imposer des exigences de base aux différentes institutions, afin qu'elles offrent une salle de changement.

« L'objectif ultime c'est que ça se retrouve dans la loi pour que nous, les proches aidants, on ne soit pas obligés de faire des démarches auprès de toutes les entités autour de nous », plaide Mme Leclerc.

Le ministère de la Santé n'oblige pas les hôpitaux à se doter de telles installations dans son guide de planification.

Aéroport Pierre-Elliott-Trudeau précurseur

Actuellement, il existe une seule salle d'hygiène au Québec. Elle a fait son apparition à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal en décembre. Une deuxième salle y sera construite en cours d'année.

Le CHU Sainte-Justine de Montréal veut lui aussi être précurseur en la matière. Une salle avec table à langer pour adultes sera accessible en février. L'Hôpital de Montréal pour enfants est en train de faire des démarches pour avoir les mêmes équipements.

Au CHU de Québec, l'aménagement de salles de bain mieux équipées pour les personnes handicapées incontinentes n'est pas dans les plans immédiats.

L'exemple du Royaume-Uni

Stéphanie Leclerc espère qu'un jour le Québec suivra l'exemple du Royaume-Uni, où les Changing Places, comme on les appelle là-bas, poussent comme des champignons. On en dénombre plus de 900 à ce jour. L'Allemagne et l'Australie ont elles aussi installé des Changing Places à plusieurs endroits.

Son souhait le plus cher : que sa fille, et toutes les personnes handicapées aient accès aux mêmes services de base que tout le monde.

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