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Des préposés aux bénéficiaires formés en 5 semaines

EXCLUSIF - Le CIUSSS de la Capitale-Nationale lance une formation accélérée pour contrer la pénurie de préposés aux bénéficiaires dans ses 30 centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD.) Les candidats pourront obtenir un poste au terme d'un programme intensif de cinq semaines. L'obligation de détenir un diplôme d'études professionnelles (DEP) et de terminer la formation habituelle de 25 semaines est « temporairement » levée.

Un texte d'Olivier Lemieux

« C’est certain que c’est différent, admet Marleen Cameron, chef du recrutement et de la sélection au Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale. Ce ne sont pas les mêmes compétences qui sont acquises en l’espace de 5 semaines. »

La formation accélérée est composée de deux semaines de cours théoriques et de trois semaines de jumelage avec un employé sur un lieu de travail.

Les futurs préposés ne seront pas laissés à eux-mêmes, assure la gestionnaire, et n’auront pas à exécuter des tâches qui excèdent leurs compétences.

« Il va y avoir de la formation continue qui va se donner. On va les accompagner tout au long de leur première année de travail », précise Marleen Cameron.

Selon la direction du CIUSSS, jusqu’à 300 préposés aux bénéficiaires doivent être recrutés dans la région avant l’été, afin de combler les départs à la retraite et d'assurer le remplacement des employés durant les vacances.

Comme le réseau de la santé s’arrache déjà les diplômés des écoles professionnelles, la formation accélérée des préposés serait devenue une nécessité.

Vingt-cinq candidats doivent terminer leur formation de cinq semaines au mois de mai. Le CIUSSS espère qu’au moins 65 candidats s’inscriront au programme accéléré l’automne prochain.

Le CIUSSS dit vouloir offrir à ses préposés la possibilité de s'inscrire à un programme d'alternance travail-études afin d'obtenir un DEP en bonne et due forme.

Une décision « raisonnable », dit le ministre

« Ce qui est annoncé, ce n'est pas que la formation pour toujours va être de cinq semaines », a réagi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, jeudi matin.

« Devant la problématique qui existe, on n’a pas le choix! a renchéri le ministre. On essaie de trouver une solution, un moyen qui va nous permettre d'arriver à destination plus vite, tout simplement. »

Mais comment une formation de 5 semaines peut-elle être équivalente à celle de 25 semaines? Le ministre a répondu que « l'accompagnement des employés » permettra de former le personnel en continu, sur le terrain.

« C'est faisable », a répété le ministre en établissant un parallèle avec les médecins résidents qui reçoivent une « formation supervisée par un médecin, un patron, dans les hôpitaux ».

Une supervision adéquate?

Le Conseil pour la protection des malades ne cache pas son inquiétude. Selon son président, Paul Brunet, l’intention du CIUSSS n’est pas mauvaise, mais risque de se buter à la réalité du terrain.

Dans un contexte où le personnel est souvent débordé, Paul Brunet se questionne sur la qualité de l’encadrement qui sera réservé aux nouvelles recrues qui n’ont pas obtenu un DEP.

« Tout est en place pour que des drames continuent à survenir, dit-il. On a déjà des gros problèmes de supervision du personnel. »

Meilleures conditions de travail demandées

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a été consultée par le CIUSSS de la Capitale-Nationale lors de la mise sur pied de la formation accélérée. La présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches, Ann Gingras, n’est pas très emballée à l’idée de voir des préposés aux bénéficiaires moins bien formés intégrer le réseau de la santé.

Elle reconnaît cependant l’ampleur de la pénurie de personnel qui frappe les établissements. « Est-ce qu’on aurait pu faire autrement? Je ne sais pas, admet-elle. J’ose espérer qu’on va suivre la situation étroitement. »

Selon elle, il est urgent que le CIUSSS améliore les conditions de travail du personnel. Des horaires plus flexibles et la fin des heures supplémentaires obligatoires pourraient favoriser un meilleur engagement des employés.

« Ça aussi, c’est le défi. De faire en sorte que les gens aient le goût de poursuivre », conclut Ann Gingras.

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