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Des superviseurs de stage largués par l’Université Laval, dénonce leur syndicat

Des dizaines d'employés de l'Université Laval qui supervisent les stages des futurs enseignants au primaire et au secondaire n'auront plus de contrat, à l'automne. Cette tâche sera confiée à des chargés d'enseignement et une partie du travail de supervision se fera dorénavant par vidéoconférence.

Un texte d’Alexandre Duval

« Ce sont des personnes qui faisaient bien leur travail, qui sont reconnues dans leur milieu, alors on s'explique mal la décision de l'employeur », affirme Christine Gauthier, la présidente du Syndicat des chargé(e)s de cours de l’Université Laval (SCCCUL).

Jusqu’à maintenant, les superviseurs de stage étaient surtout des enseignants avec plusieurs années d’expérience dans le monde de l’éducation, voire des retraités.

Dès l'automne, les chargés d’enseignement qui vont assurer la supervision des stages seront surtout des personnes ayant une maîtrise ou un doctorat.

Leur expérience universitaire est donc plus vaste, mais leur nombre d’années passées en classe est moins élevé que les superviseurs de stage actuel.

« Nous là, on a fait, 20, 25, 30 ou 35 ans dans le milieu [de l’enseignement]. On en a vu, des choses, et il y a des choses qui sont difficiles! », affirme Geneviève Saint-Maurice, l’une des superviseures de stage coupées.

Sans enlever quoi que ce soit à ceux qui vont reprendre sa tâche, cette ex-enseignante se dit « estomaquée » d’apprendre que son expérience en éducation ne sera plus sollicitée.

Pour l’année 2017-2018, 28 contrats ont été confiés à des superviseurs. L’Université Laval dispose cependant d’un bassin de plus de 50 personnes qualifiées pour ces contrats, qui seront toutes touchées.

Un suivi sur le terrain

À titre de superviseure, Mme Saint-Maurice offrait des séminaires à ses stagiaires de 2e, 3e et 4e année. À deux reprises pendant leurs stages, parfois plus, elle se rendait directement en classe pour observer leur travail.

Des rencontres de rétroaction étaient ensuite faites avec les stagiaires eux-mêmes, les enseignants qui les accueillent ainsi que les directions d’école, au besoin.

Cette présence « sur le terrain » sera chose du passé dès l’automne. Sauf exception, les chargés d’enseignement vont effectuer la supervision à distance, grâce à une captation vidéo. Cette décision renverse Mme Saint-Maurice.

« Quand on met une caméra à l'arrière de la classe […] déjà en partant, ça réduit le champ d'action de la personne qui est filmée! », dit-elle.

Mme Saint-Maurice est convaincue qu’avec une captation vidéo, les chargés d’enseignement n’auront pas accès à tous les éléments nécessaires pour faire une bonne évaluation.

Une décision éclairée

Bien que le SCCCUL avance que l’employeur pourrait économiser jusqu’à 30 000 $ en coupant les déplacements des superviseurs en classe, l’Université Laval affirme que sa décision n’a rien à voir avec les finances.

« Ça se base sur des travaux de recherche qu'on mène à l'Université depuis plusieurs années avec des groupes de recherche en Europe », soutient Érick Falardeau, directeur du département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage.

« Les étudiants vont se filmer pendant leur prestation et ils vont analyser leur vidéo à l'aide de cadres théoriques, à l'aide d'outils. Après ça, les superviseurs vont les accompagner dans l'analyse de cette vidéo-là », ajoute-t-il

Il rappelle par ailleurs que les stagiaires n’évoluent pas qu’aux côtés de leur superviseur; l’enseignant qui les accueille est parfaitement en mesure d’analyser le climat de la classe, selon M. Falardeau.

Moins d’heures, plus de stagiaires

Les superviseurs de stage seront aussi moins nombreux dès l’automne; de 10 à 12 contrats seront accordés, confirme M. Falardeau. De plus, ces contrats comprendront moins d’heures.

Il est aussi prévu que le nombre d’étudiants sous la responsabilité d’un même superviseur passer de 12 à 15 au primaire en 2019-2020.

M. Falardeau assure que les superviseurs offriront le même niveau de service qu’avant; en n’ayant pas à se déplacer en classe, ils utiliseront tout leur temps pour être avec les stagiaires.

Qui plus est, ces contrats permettront à des chargés d’enseignement de bonifier leur tâche, voire de décrocher un poste à temps complet.

« C'est important pour nous, affirme M. Falardeau. On stabilise nos équipes. On crée des postes de qualité dans lesquels il y a des avantages sociaux et qui sont renouvelables. »

Décision unilatérale

Actuellement en négociation de convention collective, le SCCCUL affirme que toutes ces décisions ont été prises unilatéralement et qu’elles n’ont pas fait l’objet de négociations.

« Ce qu'on demande à l'employeur, c'est de ramener le sujet à la table de négociation, de suspendre la décision », lance la présidente du SCCCUL, Christine Gauthier.

L’Université Laval affirme que ce dossier n’avait pas à être amené à la table de négociation parce qu’il s’agit d’une décision purement pédagogique. Il n’y aura pas de recul sur cette question, assure-t-on.

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