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Détresse financière : des aînés loin d’une retraite dorée

Statistique Canada estime qu'en près de 20 ans, les couples et les célibataires de 65 ans et plus se sont considérablement endettés. Leur proportion a augmenté de 27 % à 42 % au pays.

Un texte de Cathy Senay

L'Association coopérative d'économie familiale de Québec (ACEF) observe depuis des années un nombre croissant d'aînés en grande détresse financière.

« Les 65 ans et plus, je ne dirais pas que c’est la grosse majorité, mais c’est une catégorie de gens qui attire notre attention pour savoir qu’il y a un malaise. Il y a une détresse énorme », résume Marie-Claude Lemay, consultante budgétaire à l’ACEF de Québec.

Ancienne travailleuse humanitaire, Marie-Claude Lemay reçoit au minimum trois personnes âgées par semaine dans son bureau. Les aînés représentent environ 40 % de sa clientèle. Elle revoit notamment leur budget, les conseille sur la gestion de leurs dettes et les aide à obtenir des paniers alimentaires.

Certaines rencontres avec des aînés sont particulièrement troublantes pour celle dont le regard bienveillant attire les confidences.

« Ce n'est pas normal qu’un aîné m’arrive ici avec la corde au cou et en grande dépression. Et ce n’est pas une question de maladie. C’est une question d’endettement. »

Deuil, séparation, maladie, régimes de retraite privés insuffisants, hausse du coût de la vie; de nombreux facteurs expliquent la détresse financière des aînés.

Marie-Claude Lemay ajoute que les personnes âgées n’ont pas tendance à s’endetter, mais ils le font parfois pour soutenir leurs enfants : « On est parent un jour, on est parent toujours. On veut le bien de nos enfants surtout lorsqu’on en a 1 ou 2, c’est encore pire », illustre-t-elle.

Tabou tenace chez les aînés

À 68 ans, Léonce Roy habite dans un petit logement d'une pièce. Pour lui comme bien d'autres de sa génération, l'argent est un tabou. Il a même refusé de nous dévoiler sa véritable situation financière avant de nous rencontrer.

Marie-Claude Lemay connaît bien cette culture des aînés face à l'argent : « Ne pas payer ses dettes était un crime, un péché », affirme la consultante budgétaire.

Après avoir occupé des postes de direction dans différentes institutions financières durant sa carrière, Léonce Roy a été durement éprouvé par un deuil en 1996. Il a dilapidé son argent et a tout lâché.

« Personnellement, l’endettement j’en ai pas et je n'en veux pas », affirme M. Roy. Avec un revenu annuel d'environ 19 000 $ par année, composé de prestations gouvernementales uniquement, il affirme avoir « la retraite des pauvres ». Il ne se paie pas de voyage et très peu de repas dans des restaurants.

Il aimerait habiter dans un logement plus grand : « Immeuble populaire de Québec, c’est encore à prix modique pour les personnes âgées, ça. Mais c’est "full" partout là. »

M. Roy a pris sa retraite il y a 3 ans. Il se déplace en autobus depuis ce temps : « Je n’ai pas assez de revenus pour me permettre une voiture. Il y a des gens qui ont une voiture, mais ils sont obligés de rester à la maison, moi ça ne me tente pas de rester à la maison. »

Pour contrer l’isolement, il participe à des activités à prix abordable, dont un après-midi à jouer au billard au sous-sol de l’église Sainte-Ursule. Malgré un maigre revenu, Léonce Roy parvient à répondre à ses besoins urgents. Il se contente aujourd'hui de l'essentiel.

Selon lui, il est là le problème de plusieurs aînés autour de lui à l’heure actuelle: « Ils sont malheureux, ça ne sourit pas parce qu’ils sont pauvres. »

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