Retour

Dézoner les terres agricoles, un réel besoin à Québec?

Pour accueillir les ménages qui viendront s'établir à Québec au cours des 20 prochaines années, la Ville souhaite agrandir son périmètre urbain en dézonant 567 hectares de terres agricoles. En analysant les chiffres de plus près, on se rend compte toutefois que la Ville se retrouvera avec un excédent de terrains par rapport à ses besoins.

Un texte de Louise Boisvert

Dans le Schéma d'aménagement et de développement dévoilé en avril, la Ville de Québec avance que d'ici 2036, il n’y aura pas assez de terrains pour accueillir les familles qui veulent acquérir des maisons unifamiliales, en rangée ou en duplex sur le territoire de l’agglomération.

Cependant, en additionnant tous les espaces existants qui pourraient éventuellement être développés, on s’aperçoit qu’il manquera seulement 1020 espaces pour construire des unités résidentielles et ainsi répondre aux besoins des familles dans les 20 prochaines années.

Voyez la vidéo pour comprendre le calcul :

La Ville persiste tout de même à vouloir convertir deux secteurs agricoles. L'un est situé à Saint-Augustin-de-Desmaures et l'autre, appelé Bourg-Royal, comprend notamment les terres des Soeurs de la Charité à Beauport.

Cela représente 567 hectares qui pourraient permettre d'aménager 8220 maisons de différents types. La Ville souhaite ainsi dézoner un territoire qui pourrait accueillir 7 fois plus de maisons que ses besoins anticipés.

Cette donnée est demeurée dans l'ombre à la suite du dévoilement de la deuxième mouture du Schéma d'aménagement et de développement. Ce qui a surtout retenu l'attention, c'est qu'à la demande du gouvernement du Québec, la Ville a dû revoir ses prévisions établies sur 30 ans, à 20 ans.

Ce changement a réduit de près de la moitié le nombre de ménages qui viendront s'établir dans l'agglomération. Malgré tout, la Ville maintient le cap et plaide pour un élargissement de son périmètre urbain.

Un projet exemplaire

Dézoner les terres agricoles, c'est le scénario privilégié par l'administration Labeaume pour faire face à la demande des jeunes familles. Chaque année, 580 d'entre elles quittent l'agglomération de Québec pour aller s'établir en périphérie.

La Ville demande donc au gouvernement d'approuver le changement de zonage dans un horizon de deux ans pour arrêter l'hémorragie.

Pour rendre la conversion des terres acceptables, elle affirme vouloir développer des projets qui respectent plusieurs principes du développement durable : rues conviviales, accès au transport en commun et aménagement d'espaces pour l'agriculture urbaine.

Pour en finir avec la maison unifamiliale

Cet argument est loin de satisfaire les groupes d'intérêts comme le Conseil régional de l'environnement (CRÉ).

« Le problème, c'est qu'on n'offre pas suffisamment d'alternatives aux jeunes ménages », croit le président de la CRÉ, Alexandre Turgeon.

Il cite en exemple le projet d'écoquartier dans le secteur D'Estimauville. Un projet qui propose des maisons de ville, qui respecte les principes du développement durable, tout en étant bien desservi par le transport en commun.

À son avis, avant de dézoner les terres agricoles, l'administration municipale aurait intérêt à développer ce genre de concept dans d'autres endroits stratégiques de la ville.

Pour l'architecte Érick Rivard, le projet de la Ville de Québec est tout sauf innovateur. « Ça nous mène à une homogénéisation des types de ménages qui vont habiter là. »

Il s'inquiète de voir des familles ayant le même profil socio-économique envahir ce nouvel espace. Une clientèle unique qui va venir exercer de la pression sur les services de proximité comme les écoles, les parcs et les piscines publiques.

« Le danger avec cela, c'est qu'on l'a déjà fait et on sait où cela nous mène », dit-il. Il donne l'exemple des quartiers résidentiels de Sainte-Foy où les piscines publiques sont désertées l'été en raison de la population vieillissante dans le secteur.

Selon lui, Québec devrait plutôt miser sur des projets qui promettent une mixité des clientèles dans les secteurs qui ont besoin d'être revitalisés.

La chasse aux terrains disponibles

À l'intérieur de son périmètre urbain actuel, l'agglomération possède une importante réserve d'espaces potentiellement disponibles pour le développement immobilier.

C’est le cas notamment d’une bande de terrain située sur la 41e rue, dans Limoilou, qui est mentionnée par ailleurs dans les plans de développement de la Ville. Tous les terrains institutionnels, comme ceux de l'Université Laval, n’en font toutefois pas partie.

Quelques exemples de secteurs qui pourraient être développés à Québec

L'UPA veille au grain

Lors du dépôt de la première version du Schéma d'aménagement et de développement en juin 2016, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) estimait que les explications de la Ville pour autoriser le dézonage étaient insatisfaisantes.

Le MAPAQ lui reprochait notamment de ne pas avoir fait la démonstration que l'utilisation de ces espaces était inévitable et que la reconversion des terres agricoles n'aurait peu ou pas d'impacts sur l'ensemble des activités agricoles.

Pour l'Union des producteurs agricoles (UPA), la deuxième mouture du schéma n'offre guère plus d'explications. « Il faudrait voir si les prédictions de démographie s'avèrent exactes avant de dézoner », lance Luce Bélanger, présidente de l'UPA Québec-Jacques-Cartier. Elle souligne que la conversion d'une terre agricole est irréversible.

L’UPA maintient aussi que les terres agricoles visées sont toujours exploitées et agissent comme « une usine à oxygène et un véritable capteur à effet de serre. »

Les consultations publiques sur cette version révisée du schéma d'aménagement devaient avoir lieu cette semaine. L'administration Labeaume a plutôt décidé de les reporter en août.

Plus d'articles

Commentaires