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Du mentorat pour les femmes qui veulent diriger en construction

La sous-représentation des femmes dans les hautes sphères de l'industrie de la construction a assez duré, selon l'Association patronale des entreprises en construction du Québec (APQC). En octobre, elle lancera un programme de mentorat pour faciliter l'avancement des femmes qui souhaitent diriger des entreprises dans ce milieu d'hommes.

Un texte d'Alexandre Duval

Seulement 9 % des postes de direction dans l'industrie de la construction sont occupés par des femmes, au Québec. « Il y a encore beaucoup d'obstacles du fait qu'elles sont femmes », indique Laurence Matte-Guilmain, chargée de projet à l'APECQ.

Mme Matte-Guilmain attribue notamment cette sous-représentation à l'isolement. Tant et aussi longtemps qu'une masse critique de femmes ne sera pas atteinte dans les postes de direction, l'avancement professionnel de celles qui s'y trouvent déjà continuera d'être laborieux, croit-elle.

« En comparaison aux hommes, il y a beaucoup de remise en question de leurs compétences [...] Il y a beaucoup d'entrepreneures et de gestionnaires qui disent avoir vécu de la réticence de leurs supérieurs pour occuper des postes d'une certaine responsabilité. Elles se sont fait dire qu'avec la famille, c'est difficile, les horaires, beaucoup de travail », illustre-t-elle.

Dans l'espoir de provoquer le changement, l'APECQ lance un programme de mentorat qui s'adresse spécifiquement aux femmes qui veulent occuper un poste de direction ou qui veulent être propriétaires d'une entreprise dans le milieu de la construction.

Dès le mois d'octobre, 13 jeunes femmes gestionnaires ou entrepreneures de Québec, Trois-Rivières et Montréal seront jumelées à un mentor qui a fait sa place dans le monde de la construction. Parmi les 13 mentors, 10 sont des femmes.

Carole Lamothe est l'une d'entre elles. Depuis 17 ans, elle travaille pour la multinationale Eurovia Québec, où elle a débuté comme stagiaire. Aujourd'hui, elle y occupe un poste de direction et a 150 employés à sa charge. Elle affirme toutefois qu'elle aurait voulu être conseillée tôt dans sa carrière pour mieux surmonter les obstacles.

Elle veut maintenant mettre son expérience à profit pour celles qui suivront. « Il faut que les femmes montrent qu'elles sont capables autant que les hommes et je pense que les femmes qui sont déjà là peuvent aider à ça, à guider les femmes qui veulent monter. »

Johanie Gagnon partage ce point de vue et c'est d'ailleurs pourquoi elle veut obtenir l'aide du programme de mentorat. Il y a deux ans, la jeune femme de Québec a démarré sa propre entreprise, Construction Le 5e élément, qui adapte les maisons des personnes aux prises avec des handicaps.

Si elle dit n'éprouver aucun problème avec ses hommes de chantier, ce sont parfois ses nouveaux clients qui semblent davantage hésitants à faire affaire avec une femme entrepreneure.

« Chaque personne avec qui je travaille en premier [...] me pose des questions pièges. Ils me font des tests. Ils savent très bien la réponse, mais ils me la demandent. » Johanie Gagnon estime que ses collègues masculins n'ont pourtant pas à composer avec ce scepticisme.

L'expérience de Marie-Pierre Nolin, qui bénéficiera aussi du programme de mentorat, est tout autre. Gestionnaire au Groupe Sani-Tech, à Québec, elle indique qu'autant de femmes que d'hommes sont en position d'autorité dans l'entreprise. Grâce à cette parité, elle dit ne pas ressentir de pression supplémentaire.

Le programme de mentorat de l'APECQ doit commencer le 15 octobre. Les mentors et leurs mentorées se rencontreront une fois par mois jusqu'au début de l'année 2018.

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