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Échange de sextos : le Séminaire accusé de nuire aux présumées victimes

En acceptant de réintégrer six élèves soupçonnés d'avoir partagé des photos à caractère sexuel de trois adolescentes, la direction du Séminaire des Pères Maristes a manqué à son devoir de protéger les présumées victimes, croit la militante contre la violence sexuelle Ariane Litalien.

Un texte de Louis Gagné

« Un directeur d’école, pour moi, a la responsabilité de s’assurer de la sécurité de toutes les personnes qui fréquentent son institution, ce qui n’a pas été le cas en permettant aux jeunes de revenir à l’école par rapport à leurs victimes », affirme en entrevue à l’émission Première Heure la cofondratrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles.

Ariane Litalien est bien placée pour comprendre la situation dans laquelle se trouvent les trois jeunes filles de Québec dont les photos intimes auraient été partagées à l’aide de téléphones cellulaires.

Après avoir vécu une agression sexuelle sur le campus de l’Université Harvard en 2013, la jeune femme a tenté en vain de convaincre la direction de l’établissement de déplacer son agresseur dans un autre pavillon. Le refus de l’université l’a plongée dans un profond état de détresse psychologique.

Interpellée

Les événements survenus au Séminaire des Pères Maristes au cours des derniers mois l’ont directement interpellée.

« Je souhaitais sensibiliser la population et le directeur, M. [François] Sylvain, aux impacts psychologiques que ça peut avoir de devoir côtoyer quelqu’un qui nous a rendu victime de violence sexuelle », explique la militante.

« Préjugés »

Ariane Litalien a dénoncé l’inaction de l’Université Harvard dans un essai intitulé Dear Harvard : You Win. Son cri du cœur est rapidement devenu viral et a fait l’objet d’une large couverture médiatique aux États-Unis.

Aujourd’hui, elle s’en prend aux « préjugés » et au « manque de sensibilisation » de la direction du Séminaire des Pères Maristes.

« Ses préjugés par rapport aux violences sexuelles, aux victimes de violences sexuelles. Le fait que ça soit un peu de leur faute, le fait que les agresseurs ont tout de même eu du succès dans leurs études qui doit être valorisé, le fait que ce n’est pas en les renvoyant qu’on va régler le problème », précise Ariane Litalien.

Elle soutient que l’établissement d’enseignement secondaire aurait dû forcer les six garçons à changer d’école pour « préserver l’intégrité » des jeunes filles.

Présomption d’innocence

Les élèves avaient été arrêtés en mai dernier par la police de Québec pour possession et distribution de pornographie juvénile. Pour le moment, aucune accusation n’a été déposée, mais l’enquête suit son cours.

La présomption d’innocence est d’ailleurs l’un des principaux arguments mis de l’avant par le Séminaire des Pères Maristes pour justifier la réintégration des six adolescents. Un raisonnement qui ne tient pas la route, selon Ariane Litalien.

« Ce n’est pas comme si on enlevait aux garçons leur droit à l’éducation en leur demandant simplement d’aller à une autre institution », soutient-elle.

Sensibilisation

La militante croit que les écoles secondaires devaient avoir l’obligation, à l’instar des cégeps et des universités, de se doter d’une politique en matière de violence sexuelle énonçant clairement les protocoles à suivre et les sanctions lorsque survient une dénonciation.

« Si on avait quelque chose de similaire au niveau secondaire, ç’aurait permis au directeur du Séminaire des Pères Maristes d’avoir un plan de match beaucoup plus concret au lieu de s’en tenir possiblement à ses croyances par rapport à la responsabilité des victimes, au besoin de réhabiliter les agresseurs, etc. », fait valoir Mme Litalien.

Au-delà des politiques d’établissements, la sensibilisation demeure selon le meilleur moyen de prévenir les infractions sexuelles.

« Il faut absolument sensibiliser, pas seulement en mettant l’accent sur les risques liés aux appareils cellulaires, mais sur l’impact que peuvent avoir les violences sexuelles sur les victimes et également en expliquant ce qui constitue une violence sexuelle. »

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