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En grève de la faim pour réclamer plus de médecins dans les CHSLD

Une patiente du CHSLD Saint-Augustin, à Québec, a entamé une grève de la faim mardi afin de dénoncer la pénurie de médecins dans les centres d'hébergement de soins de longue durée.

Un texte de Louis Gagné

Chantal Guay affirme qu’elle poursuivra sa grève tant et aussi longtemps que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, « s’obstinera » à ne pas la rencontrer.

« Je lui demande un petit 10 minutes, je ne demande pas grand-chose. Je fais ça pour les autres […] pas pour me lamenter [ou] faire la vedette, c'est juste pour mettre en perspective ce que le gouvernement aurait dû prévoir d'avance », affirme Mme Guay en entrevue à Radio-Canada.

La patiente âgée de 53 ans était jusqu’ici suivie par la Dre Louise Côté. La dernière omnipraticienne en poste au CHSLD Saint-Augustin a toutefois annoncé qu’elle quitterait ses fonctions le 15 avril. Elle a expliqué son départ par la surcharge de travail qu’a entraînée l’exode des médecins vers les cliniques privées.

Si aucune solution n’est trouvée, les patients du CHSLD de Saint-Augustin n’auront plus accès à un médecin à partir de la semaine prochaine.

Va-et-vient entre le CHSLD et l’hôpital

Chantal Guay s’inquiète de ce qui lui arrivera une fois qu’elle ne sera plus suivie par la Dre Côté. Elle appréhende notamment les visites qu’elle devra effectuer à l’hôpital pour recevoir des soins qui lui sont actuellement prodigués à son CHSLD.

« Je porte une sonde urinaire. S'ils ont des difficultés, qu'est-ce que vous pensez qu'ils vont faire? Ils vont me shooter à l'hôpital, puis qu'est-ce que vous voulez que l'hôpital fasse? Ils vont mettre une nouvelle sonde, pas trop, trop délicatement d'ailleurs. Après ça, ils vont me retourner ici. Ça va être tout le temps de même », dénonce-t-elle.

Entente avec les omnipraticiens

Chantal Guay avait interpellé Gaétan Barrette une première fois à la mi-février, lorsque la Dre Louise Côté avait annoncé son départ. Elle lui reproche de ne pas avoir trouvé de remède à la pénurie de médecins dans les CHSLD.

« Ça fait au-dessus de deux mois. […] Il l’avait dit. Il était supposé de l'annoncer. Il ne l'a jamais annoncé. Il n'a jamais tenu ses paroles. »

Le ministre de la Santé a pourtant conclu une entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) qui vise à assurer la prise en charge des patients hébergés en CHSLD.

L’entente, dont les modalités sont entrées en vigueur le 1er avril, comprend différents incitatifs pour encourager les médecins à poursuivre leur pratique en CHSLD. Elle inclut entre autres des changements au niveau de la pondération. Dorénavant, un patient attribué à un médecin sera pondéré à 6 pour 1.

Un impact de la réforme?

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale constatent cependant que l’entente n’a pas réglé tous les problèmes liés au suivi des patients admis en CHSLD.

Le porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux, Dave Turcotte, accuse Gaétan Barrette d’avoir provoqué la pénurie d’omnipraticiens avec sa réforme sur la rémunération des médecins.

La solution au problème passe selon lui par une meilleure utilisation des infirmières et des pharmaciens. Les omnipraticiens pourraient ainsi se concentrer sur les patients « qui ont véritablement besoin d’un médecin ».

« Comme il y a beaucoup moins de médecins dans nos CHSLD, on doit prendre les patients et les mettre dans une ambulance pour les amener à l'urgence. Ça engorge l'urgence puis la réponse du ministre pour désengorger les urgences, c’est d’ouvrir de nouvelles places en CHSLD. Donc si on réglait le problème en CHSLD à la base, on réglerait le problème », soutient le député de Saint-Jean.

Aînés vulnérables

De son côté, la Coalition avenir Québec croit que la situation au CHSLD Saint-Augustin illustre un manque de planification et d’organisation.

Son porte-parole pour les dossiers de santé, François Paradis, mentionne que Gaétan Barrette a été alerté il y a longtemps du problème. Il l’exhorte à ne pas laisser tomber les patients.

« Il reste cinq jours au ministre. Il n'a pas le choix. On n'a pas le droit. On n'a pas le droit de laisser des aînés vulnérables sans un soutien, sans un professionnel, sans un médecin », insiste le député de Lévis.

Avec les informations de Nicolas Vigneault

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