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Enchaîner les emplois en raison d'un trouble d'apprentissage

De plus en plus de jeunes adultes avec un diagnostic de trouble d'apprentissage ou de trouble du déficit de l'attention décrochent du boulot au Québec, mais peinent à le garder. Le marché de l'emploi ne peut plus se mettre la tête dans le sable, selon l'Institut des troubles d'apprentissage (TA) : il doit s'adapter à cette nouvelle réalité.

Un texte d’Alexandre Duval

Les statistiques de l’Institut TA ne mentent pas. Sur les 3000 demandes d’aide qu’il reçoit annuellement, près du tiers provient désormais de travailleurs adultes avec un trouble d’apprentissage, parfois associé à un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

L'ampleur de ce phénomène est sans précédent, mais il était prévisible selon la directrice générale de l’Institut TA, Lucille Doiron. « Il y a à peu près 10 ou 15 ans, il y a eu un boom au niveau de la recherche, au niveau des interventions, ce qui fait qu'il y a un meilleur diagnostic dès le jeune âge et il y a un meilleur accompagnement. »

Tout au long de leur parcours scolaire, plusieurs d’entre eux ont bénéficié d’accommodements : locaux isolés pour faire les examens, plus de temps pour compléter les évaluations, aide à la prise de notes, etc.

Une fois arrivés sur le marché du travail, cependant, plus rien de tout ça n’existe. Ils sont laissés à eux-mêmes. Les employeurs doivent donc être sensibilisés et mettre en place des mécanismes pour retenir ces travailleurs, affirme Mme Doiron.

Offrir de la formation

L’Institut TA compte donc poser des gestes dans les prochains mois. Lucille Doiron explique que son organisme veut se rendre directement dans les entreprises pour sensibiliser les patrons et les services de ressources humaines.

L’organisme veut aussi tisser un partenariat avec les Carrefours jeunesse-emploi de la province pour que les intervenants de première ligne, qui prennent en charge les jeunes chercheurs d’emploi, soient davantage informés sur les troubles d’apprentissage.

Mme Doiron insiste : ce n’est pas parce qu’un travailleur a un trouble d’apprentissage qu’il ne peut pas être performant. Au contraire, indique-t-elle, « les gens qui ont un trouble d’apprentissage, particulièrement les dyslexiques, ont un niveau créativité et de résolution de problèmes hors de la moyenne. »

S’accrocher malgré les échecs

Nicolas Shink est bien placé pour dire à quel point l’intégration au marché du travail peut être difficile. À cinq ans, on lui a diagnostiqué un TDAH. Après avoir eu droit à des mesures d’accommodement au cégep, il a enchaîné les petits emplois sans jamais les conserver très longtemps.

« Il y a un monde où on t'apporte du support pour ton succès tandis que l'autre monde, le monde du travail, c'est beaucoup plus une question de rendement », croit le jeune homme de 24 ans.

À son avis, si les employeurs étaient davantage sensibilisés à cette réalité, ils sauraient que « ce n’est pas parce que tu manques de motivation, c’est vraiment un effet de ton TDAH ».

« Quand tu es dans la période du trois mois où l'employeur n'est pas sûr s'il va te garder ou non, si tu fais des erreurs ou que tu es maladroit, c'est sûr que tu as moins de chances d'être gardé », indique-t-il.

Travailler main dans la main

Au Carrefour jeunesse-emploi (CJE) de la Capitale-Nationale, on dit constater depuis environ trois ans une explosion de jeunes travailleurs qui sont dans la même situation que Nicolas.

Dans certains programmes d’insertion à l’emploi offerts par le CJE, ces jeunes avec un trouble d’apprentissage ou un TDHA représentent la majorité, parfois même la totalité des participants.

Un nouveau programme appelé Unisson a donc été mis en branle en avril dernier. L’idée est d’accompagner à la fois l’employeur et l’employé pour que les attentes de l’un et de l’autre soient claires, dans une perspective d’embauche à long terme.

« On a préparé pour l’employeur un petit qui guide qui est très très simple, qui est : ton horaire de travail, le nombre de journées de maladies auxquelles tu as droit, si tu es malade qui tu appelles », détaille le directeur général du CJE, Mario Côté.

Quant à Nicolas Shink, il est loin d’avoir lancé la serviette. Cet automne, il a décidé de retrouver aux études. Il rêve de devenir intervenant en délinquance.

« Je veux avoir plus de succès dans ma vie personnelle, être capable d'avoir un métier qui me passionne vraiment et d'être capable de le faire à long terme », conclut-il.

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