Les étudiants des cégeps et des universités ne semblent pas pressés à se mobiliser en vue du Sommet du G7, en juin. Sur une vingtaine d'associations et de fédérations étudiantes approchées par Radio-Canada, seules deux se préparent à manifester.

Un texte d’Alexandre Duval

L’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH) de l’UQAM, à Montréal, a débloqué un budget de 15 000 $ en février. L’argent doit servir à noliser des autobus pour transporter les manifestants et préparer un fonds légal en cas d’arrestations.

Également dans la métropole, l’Association générale étudiante du Cégep du Vieux-Montréal (AGECVM) a prévu un budget de mobilisation qui tourne aussi autour de 15 000 $ pour l’année en cours. La part du lion doit aller à l’opposition au G7.

Pour Pascale Dufour, professeure au département de science politique de l’Université de Montréal, l’état de la situation dressé par Radio-Canada témoigne du fait que « le mouvement étudiant n’a pas construit une unité » autour du Sommet du G7.

Mme Dufour souligne néanmoins que les associations montréalaises qui préparent leur mobilisation sont historiquement reconnues pour leur combativité.

Les représentants de l’AFESH et l’AGECVM n’ont toutefois pas donné suite à nos demandes d’entrevue au moment d’écrire ces lignes.

Plusieurs explications possibles

Pour expliquer ce faible engouement, Pascale Dufour avance que la tenue du Sommet du G7 en juin ne favorise pas la mobilisation des associations étudiantes puisque les cours seront terminés.

La professeure précise toutefois que cela ne signifie pas que les étudiants seront absents des manifestations.

Ils pourraient tout simplement se joindre au Réseau de résistance anti-G7 (RRAG7) à Montréal ou aux divers groupes qui ont affiché leurs couleurs à Québec, comme le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste ou le Réseau d’éducation populaire en action communautaire (REPAC).

Selon Pascale Dufour, il faut aussi prendre en considération que le mouvement étudiant québécois est dans une période de reconstruction.

Cela limite sa capacité à faire « un travail politique réflexif sur des enjeux qui ne sont pas directement liés à l’éducation », dit la professeure.

Elle rappelle qu’à la suite du printemps étudiant de 2012 et de la grève de 2015, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a disparu et l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) a été fragilisée.

Mme Dufour souligne toutefois la nature cyclique de ces mouvements. « Les associations étudiantes provinciales meurent et renaissent régulièrement et ça fait partie de la dynamique. »

Peu d’activité hors de Montréal

En dehors de la métropole, c’est peut-être à Salaberry-de-Valleyfield que le niveau d’enthousiasme est le plus élevé à l'approche du Sommet du G7.

L’automne dernier, l’Association générale étudiante du Collège de Valleyfield (AGECOV) a distribué des centaines d’exemplaires d’un journal pour s'opposer au Sommet.

« Notre proposition de mobilisation s’articulait autour de quatre principes : l’antiracisme, le féminisme, l’environnement et le bien commun », précise Jonathan Trépanier, secrétaire aux affaires internes de l’AGECOV.

Mais à quelques semaines du Sommet, les 8 et 9 juin à La Malbaie, l’AGECOV n’a toujours pas préparé de budget pour manifester.

M. Trépanier reconnaît qu’il faudra faire vite. Il croit cependant qu’il est toujours possible que quelques dizaines de membres de son association fassent le déplacement vers Québec pour manifester.

À Québec, les associations des cégeps de Sainte-Foy, Limoilou et Garneau ont toutes indiqué à Radio-Canada qu’elles ne prévoient pas mobiliser leurs membres en vue du Sommet.

À l’Université Laval, la Confédération des associations d’étudiants (CADEUL) n’envisage rien non plus. Les associations départementales de science politique et de philosophie au premier cycle ont été contactées, mais n’ont pas donné suite.

À l’échelle provinciale, aucune des grandes fédérations collégiales et universitaires, qu’il s’agisse de la FECQ, de l’ASSE ou de l’UEQ, n’a adopté de mandat en prévision de la venue des dirigeants du G7.

La société civile au rendez-vous?

La professeure Dufour anticipe malgré tout que la société civile au sens large se mobilisera pour le Sommet du G7 et que les questions entourant les demandeurs d’asile risquent d’être à l’avant-plan.

Toutefois, le mouvement n’atteindra peut-être pas l’ampleur de celui de 2001 au moment du Sommet des Amériques, analyse-t-elle.

À l’époque, les enjeux ayant trait à la mondialisation amenaient des prises de position de la part des syndicats, du mouvement des femmes, des partis politiques, des associations étudiantes et des groupes communautaires.

« Toute la société civile au Québec était mobilisée », se souvient Mme Dufour, ajoutant du même souffle que le contexte politique a changé et que les groupes sociaux sont aujourd’hui un peu plus fragiles, notamment pour des raisons de finances.

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