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Fermeture de lits pour des patients traités en santé mentale à Québec

Le CTR suit une centaine de personnes aux prises avec des troubles psychotiques graves et chroniques. Les 7 lits qui sont retirés leur assuraient un accès 24 heures sur 24 au centre où ils sont habitués à être traités par du personnel qu’ils connaissent.

Dorénavant, si ces patients se retrouvent en crise entre 22 h 45 et 7 h 30, le CTR ne leur sera plus accessible.

« C’est évident que la zone de sécurité était majeure pour ces gens-là, versus l’insécurité de voyons, "qu’est-ce que je fais, où je vais, qui j’appelle?" », indique la coprésidente de la Fédération des professionnels de l’Institut en santé mentale de Québec, Line Girard.

Mme Girard explique que les patients touchés ont reçu une liste de ressources vers lesquelles ils peuvent se tourner, comme les urgences ou le Centre de crise de Québec, en cas de besoin pendant la nuit.

Elle croit cependant que la fermeture de ces lits aura des conséquences dans le réseau de la santé, puisque les patients qui étaient pris en charge par le CTR devront forcément aller chercher de l’aide ailleurs.

Le syndicat soutient que ces fermetures de lits généreront des gains de 800 000 $ pour le réseau de la santé. Des économies qu'il qualifie de « bouts de chandelle ».

Des milieux moins adaptés

L’un des objectifs des lits de crise du CTR était d’éviter l’hospitalisation aux patients qui n’en ont pas besoin, mais qui sont tout de même dans un état instable.

Avec la fermeture de ces lits, les patients risquent de se retrouver dans un milieu qui ne convient pas à leur état, croit le Dr Hubert Wallot, psychiatre au CTR de Nemours.

Il n’y a pas d’injection qui se donne ici. Il n’y a pas de salle d’isolement. C’est beaucoup plus proche de la vie courante. Ils ne se sentent pas enfermés. Ils sont moins inquiets, tandis que s’ils vont à l’hôpital psychiatrique, là c’est vraiment une prison, ils n’ont pas le droit de sortir.

Dr Hubert Wallot, psychiatre au CTR de Nemours

Le Dr Wallot indique aussi que ses patients n’ont pas tendance à aller chercher de l’aide auprès de professionnels avec lesquels ils n’ont pas développé de relation de proximité. « Souvent, ils ont méfiants, de par leur pathologie. »

Quant au Centre de crise de Québec, vers lequel les patients pourraient se tourner, le Dr Wallot reconnaît la valeur de l’organisme, mais soutient qu’il est déjà au maximum de sa capacité.

« Ils n’ont pas de psychiatres au Centre de crise. D’ailleurs, le Centre de crise est toujours plein. Pas parce qu’il manque de lits : parce qu’il manque de personnel lui aussi. »

Favoriser les traitements à domicile

Le CIUSSS justifie sa décision de fermer les lits du CTR de Nemours en raison d’une nouvelle approche sur laquelle il entend miser de plus en plus.

L'organisation indique en effet vouloir mettre l’accent sur les traitements intensifs brefs à domicile, c’est-à-dire en envoyant des équipes de professionnels directement chez les patients.

Le Dr. Wallot reconnaît les mérites des soins à domicile, mais il indique que cette approche est mal adaptée pour beaucoup de personnes qui ont des problèmes de santé mentale.

Parfois, il faut retirer la personne de son milieu. Son milieu peut contribuer à sa pathologie.

Dr Hubert Wallot, psychiatre au CTR de Nemours

Le syndicat espère toujours que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale fera marche arrière dans ce dossier.

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