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Important retard dans la production de sirop d’érable

Le temps des sucres 2018 ne risque pas de passer à l'histoire pour son abondance dans la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches. Alors que la saison tire à sa fin, plusieurs acériculteurs n'ont pas encore produit 50 % du sirop d'érable qu'ils obtiennent lors d'une année moyenne.

Un texte d’Alexandre Duval

Le cas le plus préoccupant rapporté à Radio-Canada se trouve à Saint-Adalbert, dans l’est de Chaudière-Appalaches. Yves Dusablon, qui y possède une érablière à son nom, dit avoir produit uniquement 12 % de sa moyenne annuelle.

Grâce à sa situation géographique, Yves Dusablon espère faire bouillir de l’eau d’érable jusqu’au début du mois de mai. Il rattraperait ainsi un peu du retard accumulé, mais ne se fait pas d’illusions.

Un réchauffement appréhendé

La situation est également préoccupante à l’Érablière du Lac-Beauport, où moins de la moitié de la production annuelle a été réalisée jusqu’à maintenant. Hubert Bolduc, un employé de l’érablière, qualifie la saison de « très mauvaise ».

« Normalement, on atteint notre pic de production à la mi-avril, mais cette année, ça n’a pas coulé pendant six jours », explique-t-il. Jusqu’ici, les températures sont restées trop froides en journée, ce qui a empêché la sève de s’écouler.

Ironiquement, le temps plus doux attendu la fin de semaine prochaine n’est pas nécessairement de bon augure : si la température monte trop, les bourgeons pourraient éclater, ce qui sonnerait le glas de la saison.

Chez L’Entailleur, à Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans, les pertes sont également considérables. L’une des copropriétaires, Lise Tailleur, affirme qu’elle est parvenue à produire au maximum le tiers du sirop qu’elle obtient normalement.

Avec seulement 1500 érables en production, tout le sirop produit est vendu sur place, que ce soit au comptoir ou au restaurant de la cabane à sucre. Grâce à ces activités, Mme Tailleur parvient donc tout de même à rentabiliser sa saison décevante.

Une saison exceptionnellement longue

La fatigue commence à s’installer chez certains. À l’Érablière du Cap, à Lévis, la saison a commencé aussi tôt que le 19 février, lors du redoux hivernal. Depuis, les érables coulent pratiquement chaque jour, mais juste un peu, explique le propriétaire Jean-Paul Tardif.

« C’est une saison qui s’étire énormément », dit-il. Habituellement, le temps des sucres s’étale de la mi-mars à la mi-avril pour M. Tardif. Cette année, il en est déjà à sa neuvième semaine de production.

« Je suis tanné de faire bouillir pratiquement tous les jours! […] On passe plus de temps à laver nos équipements qu’à bouillir de l’eau », raconte-t-il.

Alors qu’il peut produire jusqu’à 30 barils de sirop chaque année, il n’en a rempli que 14 malgré la longueur de la saison. Malgré tout, M. Tardif ne désespère pas : il suffirait de quelques bonnes journées dans les deux prochaines semaines pour combler le fossé.

Des épargnés

Dans ce portrait plutôt sombre, il existe au moins une exception : l’Érablière Richard Boily. Située à Sainte-Famille-de-l’Île-d’Orléans, l’érablière a produit environ 600 des 700 gallons qu’elle obtient en moyenne chaque année.

« On est agréablement surpris », s’exclame la copropriétaire, Nicole Gosselin. Elle sait bien qu’à quelques kilomètres de chez elle, d’autres acériculteurs peinent à remplir leurs barils.

« Je ne suis pas assez spécialiste pour vous donner un diagnostic », rigole-t-elle, mais elle croit que la position de ses érables, sur le coteau qui mène au fleuve, pourrait avoir joué un rôle.

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