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Kiprop déclaré positif, une « immense déception » pour Philibert-Thiboutot

Le Kényan Asbel Kiprop a reconnu jeudi avoir subi un contrôle positif à l'EPO. Dans un communiqué, le médaillé d'or olympique du 1500 m a nié toute tentative de dopage.

L'annonce du contrôle positif à l'EPO de Kiprop, révélé par plusieurs médias mercredi, est un nouveau coup dur porté à l'athlétisme kényan. L'athlète de 28 ans a été l'un des maîtres du demi-fond ces dernières années avec trois titres de champion du monde du 1500 m (2011, 2013, 2015) et un sacre olympique sur la même distance en 2008 à Pékin à la suite du déclassement pour dopage du Bahreïnien Rachid Ramzi.

« C'est une immense déception considérant aussi le fait qu'il a été dominant pendant presque une décennie et c'est seulement au bout de ces dix années-là qu'on est capables de trouver quelque chose », a réagi le coureur Charles Philibert-Thiboutot rejoint en Californie.

Le Québécois était sur la même piste monégasque que Kiprop quand le Kényan a réussi son meilleur temps à vie, et troisième performance de l'histoire, en 2015.

« C'est sûr que je me demandais si quelqu'un d'aussi dominant pouvait le faire de manière naturelle », a raconté Philibert-Thiboutot, qui avait laissé paraître sa frustration mercredi sur ses comptes Facebook et Twitter après les premières révélations dans différents médias.

« Le cas de Kiprop est spécial parce que c'est un peu comme Lance Armstrong, a-t-il poursuivi. Si on compte toutes les victoires qu'il a eues dans la Diamond League ou au niveau mondial, avec les bonus, ça fait vraiment beaucoup d'argent. C'est un vol envers les organisateurs des rencontres qui paient pour avoir ces athlètes-là, mais aussi un vol pour les athlètes qui sont propres et compétitionnent contre Kiprop. »

Dans son long communiqué publié jeudi, formulé en 20 points, Kiprop explique qu'il a bien été informé d'un contrôle positif le 3 février 2018, quatre mois après l'analyse de son échantillon d'urine, le 27 novembre 2017. Mais il remet sérieusement en doute les méthodes du contrôle.

« J'ai toujours été fidèle à mes convictions antidopage et je serais la dernière personne à commettre un atroce acte antisportif comme celui-là, écrit Kiprop. Je me sens obligé de répondre aux allégations des médias et des réseaux sociaux par manque de choix. »

« C'est rare que les athlètes construisent une réfutation avec ce qui semble être autant de transparence de la part de Kiprop, a concédé Philibert-Thiboutot. Il faut laisser la présomption d'innocence, mais en même temps, il y a beaucoup de gens dans son entourage, incluant ses entraîneurs et ses agents, qui ont déjà été impliqués dans des scandales majeurs qui font en sorte que son histoire est un peu dure à croire. »

Kiprop affirme également avoir été informé la veille de l'arrivée des deux agents de l'antidopage. Il accuse aussi les deux contrôleurs de lui avoir « extorqué de l'argent » et la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) de lui avoir promis un rôle d'ambassadeur de l'antidopage en cas de reconnaissance de son contrôle positif, ce qu'il a refusé parce que « tout ceci est faux et constitue une fraude », indique-t-il.

« On me dit que de l'EPO a été introduit dans mon corps par injection, écrit-il également. La dernière fois que j'ai fait une injection, c'était en 2014 pour une vaccination contre la fièvre jaune pour un voyage aux Bahamas pour une compétition. »

Plus de 40 athlètes kényans ont été déclarés positifs sur les 5 dernières années. Le Kenya a été placé en 2016 sur la liste des pays sous surveillance de l'IAAF. Et ce n'est qu'à la suite de l'adoption d'une nouvelle loi antidopage, juste avant les Jeux de Rio en 2016, que le pays a été retiré de la liste des nations « non conformes » de l'AMA.

« Chaque fois que je vais aller contre les Kényans courir en Europe, c'est plate, mais il y a toujours le doute qu'ils ne l'ont pas fait de manière propre », a lâché avec dépit Philibert-Thiboutot.

Néanmoins, Philibert-Thiboutot a tenu à souligner les différences entre le système institutionnalisé de dopage qui a valu à la Russie d'être suspendue par l'IAAF depuis 2015 et les problèmes de l'athlétisme kényan.

« La Russie, c'est vraiment un cas de dopage systémique, tandis que le Kenya, c'est un peu le chaos. On parle d'un pays qui est clairement du tiers-monde. Ce n'est pas que toutes les institutions qui font que les athlètes sont dopés. C'est plus que l'EPO, il y en a partout, il y a plein de personnes qui s'improvisent médecins et en administrent. C'est pour ça que c'est aussi facile là-bas de trouver les substances et de se les faire administrer », a soutenu Philibert-Thiboutot.

« Pour ces athlètes, l'EPO, ça peut avoir un effet sur leur niveau de vie. C'est un raccourci pour aller performer, faire une passe d'argent et subvenir à leur famille pour le reste de leur vie », a-t-il conclu.

Avec les informations d'Olivier Paradis-Lemieux

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